Une mobilisation hors du commun

L’Université du Québec à Trois-Rivières est en train de perdre lamentablement la bataille de l’opinion publique dans le conflit qui l’oppose présentement à ses professeurs. La mobilisation de ces derniers, en lock-out depuis le 2 mai, est spectaculaire. Les étudiants sont aussi mobilisés et appuient inconditionnellement leurs profs. La classe politique n’envoie que des signes d’impatience et de mécontentement. Ça va de mal en pis pour la partie patronale.

Le geste le plus spectaculaire, sans qu’il soit une initiative syndicale à proprement parler, est survenu jeudi, alors que des dizaines de professeurs ont signé une pétition réclamant la démission du recteur, Daniel McMahon. Nous publions d’ailleurs leur lettre en page 11.

Ce n’est pas un geste anodin. Daniel McMahon était, jusqu’à tout récemment, tenu en haute estime par la communauté universitaire, y compris par les professeurs. Mais ceux-ci le tiennent aujourd’hui responsable de ce que beaucoup considèrent comme un fiasco de relations de travail.

On a de plus en plus l’impression que le présent conflit à l’UQTR repose avant tout sur des considérations politiques. L’Université fait face à d’importants défis financiers et tente vraisemblablement d’obtenir un financement plus élevé de la part du gouvernement. Le hic, c’est que selon ces considérations, les professeurs deviennent des otages plutôt que la partie avec laquelle on essaie de s’entendre.

Et cette impression selon laquelle un «simple» renouvellement de convention collective devient un prétexte à une joute entre l’institution et le gouvernement concernant son financement, semble irriter pas mal de monde. Parce que pour la grande majorité de la population, les principaux points d’achoppement de la négociation interrompue récemment sont parfaitement obscurs. Et les professeurs réussissent très bien à passer le message selon lequel la partie patronale n’était pas justifiée de décréter un lock-out aussi abruptement.

Alors que jusqu’à récemment les appuis émanaient principalement de l’université elle-même, voilà que des voix extérieures s’élèvent maintenant en faveur des professeurs. La présence de représentants de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) jeudi, est significative.

À cela s’ajoute la voix des étudiants, qui sont peut-être ceux qui écopent le plus dans un contexte de lock-out. Le comité de mobilisation de l’Association générale des étudiants a été mandaté, tout récemment, pour mettre en place des actions visant à dénoncer la situation en cours à l’université, ce qui est plutôt inusité. L’AGEUQTR estime avec raison que le lock-out «nuit aux missions de l’université que sont la transmission du savoir, l’enseignement et la recherche» et qu’il nuit donc aussi à ses membres. Il faut évidemment s’attendre à voir de nombreux étudiants marcher aux côtés des professeurs, vendredi, dans le cadre de la «marche de solidarité» dans les rues de Trois-Rivières.

La population assiste, dubitative, au conflit en cours. Mais disons que les exemples de dommages collatéraux du lock-out font pencher le cœur de plusieurs du côté des professeurs. Des étudiants qui ne peuvent pas soutenir leur thèse, des résultats qui tardent, des stages qui sont retardés ou compromis, des présentations annulées dans le cadre de colloques ou de congrès: tout cela contribue certainement à faire passer les dirigeants de l’UQTR comme les méchants dans cette histoire.

Ce n’est peut-être pas le cas, mais il faudra certainement redoubler d’efforts pour prouver le contraire.

On se disait, il y a quelques heures encore, que ce lock-out n’allait pas durer longtemps, notamment en raison de la surprise et de la colère qu’il a suscitées au sein du gouvernement. Mais voilà que soudainement, on doute de tout.

Sauf peut-être de l’absurdité de la situation et du caractère injuste que peuvent avoir certaines répercussions de ce lock-out sur des victimes qui n’ont jamais demandé à jouer dans ce film-là.