Martin Francoeur

Une intervention musclée s’impose

ÉDITORIAL / La situation au CHSLD Laflèche du secteur Grand-Mère, à Shawinigan, est devenue hors de contrôle et il est impératif que le CIUSSS et le ministère de la Santé et des Services sociaux interviennent de façon significative. Il en va de la santé des résidents, certes, mais surtout de la sécurité des travailleurs de la santé qui y sont employés.

Vingt décès en trois semaines parmi les résidents, c’est rien de moins qu’une hécatombe. Cela représente environ les deux tiers des décès enregistrés sur le territoire du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Cela représente aussi, environ 10 % des décès liés à la COVID-19 à travers le Québec. Il y a manifestement un problème.

Le CHSLD Laflèche comptait 138 résidents avant la crise actuelle. Il en reste 118. Et sur ces 118 hommes et femmes, 71 sont toujours infectées par le virus. C’est près des deux tiers.

Comme si ce n’était pas assez, on compte maintenant 52 employés touchés. C’est ce qui a été révélé à la suite des tests systématiques effectués au cours des derniers jours.

Mais il faut voir derrière tous ces chiffres, ces statistiques et ces pourcentages les drames humains que cela représente. Le drame des familles qui n’ont pas pu accompagner leur proche dans la mort. Le drame des patients qui voient s’éteindre leurs voisins à un rythme qui fait peur. Le drame des travailleuses et des travailleurs de la santé qui sont à bout de souffle, qui côtoient la mort et qui sont directement exposés à la contamination.

On a beau être en situation de crise, cela demeure inacceptable.

Le CHSLD Laflèche fait partie des six établissements identifiés jeudi comme faisant face à une situation critique, avec le CHSLD de Sainte-Dorothée à Laval (16 décès), le Centre d’hébergement Notre-Dame-de-la-Merci à Montréal (13 décès), le Centre d’hébergement de LaSalle (7 décès), le pavillon Alfred-Desrochers de l’Institut de gériatrie à Montréal (5 décès), et le CHSLD la Pinière à Laval (10 décès).

Déjà, le premier ministre a indiqué que 450 médecins et 1000 infirmières ou autres employés ont été ajoutés d’urgence dans les CHSLD de la province. Mais qu’en est-il exactement pour les six établissements où la situation est jugée critique? Qu’en est-il pour le CHSLD Laflèche? Est-ce que le cri du coeur des employés et de leurs représentants syndicaux a été entendu?

Mercredi, une employée du CHSLD Laflèche témoignait, anonymement par crainte de représailles, dans un reportage de Radio-Canada Mauricie–Centre-du-Québec. Elle y brossait un sombre portrait de la situation vécue quotidiennement à son lieu de travail: des journées de travail de seize heures sans pause ni temps de repas, du personnel en pleurs, une propagation hors contrôle, des personnes âgées qui meurent sans qu’on puisse apaiser leur souffrance et les accompagner convenablement faute de temps. Ce n’est pas digne du système de santé dont on s’est doté. Même en temps de crise.

Depuis quelques jours, des mesures semblent être mises en place, mais on est encore loin d’une solution. Il importe de se soucier de la détresse psychologique, de fournir du personnel soignant apte à travailler selon des conditions décentes. Les fameux «anges gardiens» sont en train de perdre leurs ailes.

Ce n’est pas d’hier que le Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, par la voix de son président Pascal Bastarache, sonne l’alarme. Lui et ses membres sont les mieux placés pour mesurer les impacts de la crise en cours. Le manque de personnel est préoccupant, la menace de pénurie de matériel de protection l’est tout autant.

La direction du CIUSSS se dit consciente de la charge de travail supplémentaire pour le personnel en place, mais au sein des employés, l’impression d’être laissés à eux-mêmes persiste.

On a beau dire, écrire et dessiner que «ça va bien aller», mais force est de constater que ça ne va pas bien. Du tout.