Martin Francoeur

Une intéressante teinte politique

ÉDITORIAL /

On n’a pas vu cela souvent à Trois-Rivières. Je ne parle pas des hausses de taxes. Elles sont maintenant d’une constance décourageante pour les contribuables. Je parle de la couleur politique que vient de prendre le budget de la Ville. Le conseil municipal vient de donner un signal clair pour l’amélioration du système de transport en commun et, de façon plus large, pour un engagement plus concret dans la lutte contre les changements climatiques.

Dans le budget 2020 de la Ville adopté lundi, le conseil municipal trifluvien accorde 1,7 million $ de plus à la Société de transport de Trois-Rivières (STTR). On savait depuis quelques semaines que l’organisme allait recevoir davantage de la part de la Ville, mais on ne savait pas encore de quel ordre allait être cette bonification. Voilà qu’avec 1,7 million $ de plus, c’est une augmentation de plus du tiers de la contribution municipale annuelle. Et ça représente environ 10 % du budget annuel de la STTR. C’est significatif.

Avec ce montant supplémentaire, la STTR entend d’abord solidifier les bases de son organisation pour ensuite améliorer le service à partir de 2021. C’est une bonne idée compte tenu de la grogne que le redéploiement du réseau a générée au cours des derniers mois.

Le conseil municipal a choisi de remédier, du moins en partie, à un problème de sous-financement chronique pour sa société de transport en commun. Les attentes seront grandes pour les prochaines années, mais il y a eu, enfin, une affirmation claire de la volonté des élus.

Pour bien marquer cette volonté politique, le conseil et les fonctionnaires de la Ville ont pris soin de justifier en partie l’augmentation des taxes par cette augmentation de la contribution municipale à la STTR. Si un tel choix n’avait pas été fait, le compte de taxes pour 2020 aurait subi une augmentation équivalant à la fameuse hausse du coût de la vie.

C’est un peu simpliste comme explication. Une vraie volonté politique de limiter la hausse de l’impôt foncier à l’inflation aurait impliqué une réduction des dépenses ailleurs. On a plutôt choisi de faire une distinction et d’appeler cela un «effort collectif additionnel». Ça laissera l’impression aux contribuables que si leur compte de taxes augmente, c’est «la faute au transport en commun». Un service que plusieurs d’entre eux n’utilisent pas.

Il faut tout de même saluer le courage du conseil municipal pour ce geste que l’on peut presque qualifier d’historique.

Pour le reste, le budget adopté hier, avec le règlement de taxation et le plan triennal d’immobilisation, est le fruit d’une réflexion que l’on devine plus rationnelle qu’émotive. Ou plus administrative que politique. L’idée d’augmenter systématiquement les taxes pour les coller – ou presque – sur la hausse de l’indice des prix à la consommation (IPC) est une pratique héritée de l’administration Lévesque. Il y a longtemps qu’on a vu, à Trois-Rivières comme dans bien d’autres villes, passer l’idée d’accorder un gel de taxes municipales. La réalité financière des municipalités rattrape rapidement les politiciens qui voudraient faire des cadeaux irresponsables à leurs contribuables.

On peut tout de même se demander si Trois-Rivières n’est parfois pas trop gourmande. Les surplus de 2018 s’élevaient à 9,6 millions $. Ceux de 2017 à 8,8 millions $. Ceux de 2016 à 11,2 millions $. Ceux de 2015 à un peu plus de 10 millions $. Et ceux de 2014 avaient atteint des sommets jamais atteints auparavant, à 14 millions $ et des poussières. On peut toutefois se consoler en se disant que de tels surplus donnent une marge de manoeuvre appréciable à la Ville.

Le premier budget du maire Jean Lamarche est, somme toute, une réussite. Il y avait beaucoup de considérations prévisibles et incontournables, mais il en ressort, surtout, une couleur politique bien affirmée. Il faut enfin saluer le tour de force d’avoir adopté ce budget à l’unanimité, un exploit compte tenu des joutes politiques au sein même du conseil et de l’histoire récente des budgets trifluviens.