Une industrie vulnérable

ÉDITORIAL / Les problèmes de main-d’œuvre qui touchent l’industrie touristique pourraient bien freiner la croissance soutenue de ce secteur d’activité au cours des prochaines années. Plus de 20 000 emplois seraient présentement disponibles dans l’industrie québécoise du tourisme, dont plus d’un millier pour les seules régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec. De quoi menacer la qualité des services et des produits offerts.

Plusieurs secteurs du tourisme comme la restauration, l’hôtellerie, l’événementiel et l’institutionnel dépendent beaucoup de l’appréciation de la qualité. Il suffit souvent de quelques défaillances pour que la réputation en soit affectée et que l’achalandage se retrouve fragilisé. Bref, la croissance que l’on observe depuis quelques années pourrait ne tenir qu’à un fil.

On savait que la pénurie de main-d’œuvre touchait déjà plusieurs secteurs d’activité mais on n’était pas encore en mesure de mesurer son impact sur l’industrie touristique. C’est maintenant chose faite. Les présidents des associations touristiques régionales de la Mauricie et du Centre-du-Québec ont présenté l’état de leurs besoins, lundi. Six cents employés recherchés au nord du fleuve et un peu plus de 500 sur sa rive sud. C’est énorme.

Ces chiffres sont plus ou moins étonnants quand on regarde une étude réalisée par le Conference Board pour le compte de RH Tourisme Canada il y a quelques années. L’organisme affirmait déjà que les «graves» problèmes de main-d’œuvre menaçaient la croissance du tourisme au pays. Le bassin de travailleurs disponibles n’est pas en mesure de suivre la cadence de la croissance continue de la demande de main-d’œuvre.

Dans la région, différents types d’emplois peinent à être comblés dans le secteur touristique. Cela va des cuisiniers aux gardiens de parc, en passant par des réceptionnistes, du personnel de service, des guides-interprètes, des préposés à l’entretien, des sauveteurs ou des préposés à la billetterie. Dans plusieurs cas, il s’agit d’emplois saisonniers, ce qui complique la tâche lorsque vient le temps de rendre ces postes attrayants.

Les causes de la pénurie d’emploi en tourisme sont connues: nombre décroissant de jeunes disponibles, départs à la retraite dans les tranches d’âge plus élevées, saisonnalité des emplois et conditions de travail difficiles.

Le milieu touristique québécois vient de lancer une vaste offensive pour, justement, améliorer l’attractivité des emplois en tourisme. Cela fait suite à l’annonce faite il y a un peu plus d’un mois par le ministre du Travail, Jean Boulet, et la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, selon laquelle le gouvernement et des partenaires allaient présenter des initiatives en ce sens, totalisant 2,5 millions $.

Parmi ces mesures, on note le déploiement d’une campagne de valorisation des métiers du tourisme, avec des activités de relations publiques printanières afin de consolider la position du tourisme en tant que secteur d’emploi dynamique. On entend aussi mettre en branle une stratégie d’accompagnement des PME pour aider celles-ci à améliorer leur compétitivité au regard des emplois offerts.

Il est là le nœud du problème. Les emplois en tourisme sont rarement bien rémunérés. Il faudrait, normalement, donner un sérieux coup de barre. Mais même si elle offrait de meilleures conditions à ses employés – notamment sur le plan salarial ou sur la flexibilité –, l’industrie touristique ne se porterait peut-être pas mieux. L’amélioration des conditions d’emploi entraînerait une hausse du coût des produits et des services touristiques et, par conséquent, un frein à la croissance de la demande. C’est un cercle vicieux.

Il y a certainement un juste milieu à trouver entre l’amélioration des conditions de travail et les efforts de recrutement. Les travailleurs plus âgés, les nouveaux arrivants, les étudiants et les personnes sans emploi peuvent devenir des cibles intéressantes.

Il est nécessaire d’agir rapidement et efficacement. Parce que pour la région, le tourisme est un secteur extrêmement porteur.