Une fausse bonne idée

Il s’en est fallu de peu pour que le stationnement Badeaux passe aux mains du privé. Mardi soir, au conseil municipal, une résolution concernant la vente de cette infrastructure à la Société immobilière G3R a été bloquée par neuf conseillers municipaux. Fort heureusement. Parce que se départir du stationnement étagé était une fausse bonne idée.

Il ne faudrait toutefois pas considérer ce dossier comme étant clos. Il risque de rebondir tôt ou tard.

D’abord parce qu’il y a un promoteur privé qui est intéressé et parce que la Ville, qui fait la moue devant la liste des travaux à faire sur le stationnement étagé, souhaite réduire la taille de son parc immobilier.

Mais surtout parce que selon des personnes proches du dossier, le transfert du stationnement étagé constituait pratiquement une clause sous-entendue au contrat qui lie la Ville et la Société immobilière G3R pour la gestion du CECI. Le hic, c’est qu’on n’en avait jamais parlé publiquement, contrairement à la plupart des autres éléments de l’entente en question.

La Société immobilière G3R, qui procède présentement à l’agrandissement du centre des congrès et de l’hôtel, tire déjà beaucoup d’avantages de cette entente conclue avec la Ville. Bien sûr ce promoteur assume les coûts reliés aux travaux, mais en échange, il obtient la gestion du centre des congrès, encaissant donc les revenus de location. La Ville offre, en plus, une aide financière à l’exploitation de l’ordre de 148 500 $ par mois pendant 20 ans. Et la cerise sur le sundae, c’est un beau congé de taxes de 25 ans pour le centre des congrès.

Voilà qu’on offrirait, en prime, un stationnement étagé propriété de la Ville, certes, mais pour lequel les commerçants du centre-ville ont payé 2,2 millions $ au fil des ans.

D’ailleurs, c’est ce qui irrite le plus dans cette éventuelle transaction. À l’origine, le stationnement Badeaux était une initiative de la SIDAC Centre-ville de Trois-Rivières (devenu la SDC, puis Trois-Rivières Centre) pour faciliter le stationnement des clients et des employés des commerces du centre-ville.

Au fil des ans, le stationnement Badeaux est devenu essentiel pour de nombreux travailleurs et résidents puisque ce sont pas moins de 200 vignettes mensuelles à 75 $ qui sont vendues. L’infrastructure serait rentable, même si elle nécessite des travaux de réfection qui n’ont toutefois rien à voir, pour ce qui est de l’ampleur, à ceux en cours à l’autogare de l’hôtel de ville.

Qui plus est, le stationnement Badeaux est, comme l’autogare, géré par Culture Trois-Rivières les soirs de spectacles à la salle J.-Antonio-Thompson, avec un forfait à 7 $ pour la soirée. Si la Ville se départit du stationnement, Culture Trois-Rivières sera privée de ces revenus.

Ce n’est pas la première fois que la Ville est tentée par l’idée de se départir de son stationnement étagé. En 2012, elle avait sondé l’intérêt d’Olymbec. Même Vinci, un des gros joueurs dans le domaine, s’était montré intéressé par le stationnement Badeaux, mais aussi par les parcomètres et l’autogare.

Le problème, si le privé met la main sur le stationnement Badeaux, c’est qu’on ne sait pas ce qu’il adviendra des utilisateurs mensuels ou ponctuels. Le CECI pourrait très bien décider de réserver la quasi-totalité des espaces aux congressistes et aux clients de l’hôtel. Et si jamais on négociait pour qu’une partie des espaces puissent toujours être utilisés par les employés et les clients des commerces et bureaux du centre-ville, personne ne pourrait garantir qu’il n’y aurait pas d’augmentation fulgurante des prix de location pour ces espaces.

Si la Ville a les reins assez solides pour soutenir financièrement et entretenir un amphithéâtre, un colisée, un stade de baseball, des salles de spectacles, un réseau de bibliothèques, des centres communautaires, des piscines et des jeux d’eau, elle doit bien être capable de conserver un stationnement public en plein centre de son cœur commercial.

Parce qu’en plus de répondre adéquatement aux besoins actuels et futurs en stationnement au centre-ville, le parking Badeaux est un symbole de la solidarité des commerçants du centre-ville.