Une économie? Vraiment?

La Ville de Shawinigan s’apprête à abandonner la publication de ses avis publics dans les journaux et à les afficher uniquement sur son propre site web, de même qu’à l’hôtel de ville et dans les bibliothèques municipales. Cette décision entraînera des économies de 100 000 $ à 150 000 $ annuellement. Mais elle envoie un bien mauvais message.

Cent mille dollars, pour une ville comme Shawinigan, c’est presque rien. C’est 0,11 % de son budget de 85 millions $. Mais pour les journaux qui ont les villes et les MRC comme clients publicitaires pour les avis publics et les appels d’offres, ça fait souvent toute une différence.

La Ville de Shawinigan s’est en fait prévalue d’une nouvelle disposition de la Loi sur les cités et villes, disposition qui découle du projet de loi 122 qui avait pour objet d’augmenter l’autonomie et les pouvoirs des municipalités. Les articles 51 et 90 de cette loi modifient respectivement la Loi sur les cités et villes et le Code municipal pour ajouter cette disposition selon laquelle «une municipalité peut, par règlement, déterminer les modalités de publication de ses avis publics». Évidemment, une telle disposition est une catastrophe pour les journaux imprimés et les citoyens qui tiennent à l’information locale.

La Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec avait dénoncé ce volet du projet de loi 122 l’an dernier. Cette décision est arrivée à un moment où les médias imprimés luttent pour leur survie, font face à l’érosion de leurs revenus publicitaires au profit des géants du web comme Facebook et Google et doivent négocier un important virage numérique. Même le Parti québécois avait exigé le maintien de cette obligation de publier les avis publics dans les journaux papier, en plus de prôner la création d’un fonds pour assurer la transition de l’information locale vers le format numérique.

La publication des avis publics génère, pour l’ensemble des journaux québécois, des revenus d’environ 20 millions $, revenus qui contribuent à assurer une couverture adéquate de l’actualité locale et régionale. Déjà, depuis que le gouvernement a adopté cette mesure, des villes comme Salaberry-de-Valleyfield ont mis fin à la publication des avis publics dans les journaux. Exactement comme Shawinigan vient de faire, en suivant bêtement l’argumentaire de l’Union des municipalités du Québec, qui a toujours prétendu qu’une telle mesure allait aider les municipalités à équilibrer leurs budgets. L’UMQ a aussi dit que ses membres ne devaient pas supporter le poids de la survie des médias locaux et régionaux.

C’est vrai que les villes et les municipalités n’ont pas à supporter un tel poids. Mais elles auraient avantage à maintenir leur contribution à l’existence des médias locaux: elles sont les premières à bénéficier grandement de la présence de médias sérieux et d’une couverture journalistique rigoureuse. Les hebdos locaux et les quotidiens régionaux sont toujours là pour les nouvelles qu’une ville ou une municipalité souhaite diffuser.

Le maire Angers a beau dire qu’il fera autre chose avec l’argent de la Ville dans les journaux, ça demeure très flou. Sans aucune contrainte, on pourrait très bien voir ce budget être réduit comme une peau de chagrin.

Le maire de Shawinigan aurait pu, plutôt, choisir d’imiter le maire de Beauceville, qui a décidé de maintenir la publication des avis publics dans les hebdos qui couvrent sa municipalité. Une question de transparence et de diversité de moyens d’information, avait justifié Luc Provençal à un hebdo local.

En plus d’atteindre un nombre restreint de citoyens, la diffusion des avis publics dans d’obscurs recoins des sites web des villes ouvre la porte à la possibilité, pour les administrations municipales, de faire passer des projets controversés en catimini.

Même s’il rechigne parfois sur le traitement qui est fait de certaines informations émanant de son hôtel de ville, le maire de Shawinigan nous a habitués à une bonne ouverture envers les médias locaux et avait souvent insisté sur leur pertinence et leur nécessité.

Il vient cette fois de démontrer qu’il pense le contraire.