L'ex-ministre péquiste de l'Éducation Marie Malavoy croit que seule une loi forcerait les partis politiques à présenter un minimum de 40 % de candidates aux élections générales. Elle a formé un comité avec d'anciennes parlementaires pour faire pression sur les partis.

Une culture à changer

À quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes, un groupe d'anciennes parlementaires ont décidé de se regrouper pour réclamer l'adoption d'une loi contraignante visant à donner aux femmes la place qui leur revient à l'Assemblée nationale. Mais est-ce absolument nécessaire de passer par une loi pour améliorer la représentation féminine dans nos parlements?
Les ex-députées, avec en tête Marie Malavoy, estiment que seule une intervention législative peut renverser la tendance actuelle, selon laquelle la proportion de femmes parmi les députés à l'Assemblée nationale est à la baisse. En vertu de la loi que souhaiteraient voir adoptée ces anciennes parlementaires, tous les partis politiques devraient présenter un minimum de 40 % de candidates aux élections générales.
L'objectif derrière cette proposition est louable. Mais c'est le mécanisme qui soulève des questions, principalement parce qu'il implique un principe de discrimination positive qui pourrait affecter la perception que le public - et surtout les femmes elles-mêmes - pourrait avoir des sièges ou des candidatures qui leur seraient forcément réservés.
Or, il faut bien reconnaître que jusqu'à maintenant, les efforts mis de l'avant pour favoriser la représentation féminine dans les assemblées parlementaires n'ont pas porté tous les fruits qu'on aurait souhaité qu'ils portassent.
Au Québec, la proportion de femmes députées est passée de 25 % en 2007 à 30 % en 2008, puis à 33 % en 2012, avant de chuter à 27 % en 2014. On est encore loin de la zone de parité, qui se situe entre 40 % et 60 %.
L'idée d'imposer des quotas de candidatures par le biais d'une loi contraignante peut avoir un effet à court terme très intéressant sur le ratio hommes-femmes dans les assemblées délibérantes. Mais il ne faudrait pas pour autant abandonner les mesures mises de l'avant pour améliorer la situation plus globale de la représentation hommes-femmes à moyen et à long terme: sensibilisation aux réalités du travail de parlementaire, repérage et recrutement de femmes intéressées à se porter candidates, accompagnement des candidates en question, partage d'expérience par des femmes ayant occupé des fonctions semblables, dénonciation et punition des comportements et propos sexistes, etc.
Ce qu'il est essentiel de changer, bien au-delà de l'imposition de quotas, c'est la perception selon laquelle la politique est un monde d'hommes, une sorte de boys' club où les règles ont été faites par des hommes, pour des hommes. 
L'ex-députée et ex-ministre Marie Malavoy estime qu'encore aujourd'hui, les femmes s'identifient mal au jeu politique. Elles commencent par penser que ce n'est pas pour elles, déplore-t-elle. Il est là le travail à faire. Et c'est à force de voir des femmes dans les institutions politiques, mais aussi dans des postes d'autorité dans des entreprises, ou encore au sein de conseils d'administration, que la perception peut changer. 
Peut-être faut-il, en effet, un coup de pouce législatif pour y arriver. Des mesures incitatives plutôt que punitives devraient être envisagées si on emprunte cette voie, comme on l'a fait dans d'autres pays. Le Conseil du statut de la femme l'avait déjà recommandé par le passé. Le Directeur général des élections a aussi analysé la question il y a trois ans.
Évidemment, il se trouvera toujours des partisans du laisser-aller. Ceux-ci diront que les femmes ont déjà pris naturellement et sans quotas leur place dans des sphères autrefois réservées aux hommes: la magistrature, le rectorat d'universités, les postes de haute direction dans des entreprises d'envergure, les chambres de commerce, etc. La politique serait-elle le dernier retranchement du modèle «par des hommes, pour des hommes»? Peut-être.
Le plus triste, dans tout ça, c'est qu'on semble ne pas pouvoir faire autrement que de passer par une loi pour changer la donne dans la représentation féminine en politique. En 2017.