La succession au maire sortant Yves Lévesque se précise tranquillement avec le désistement de Julie Boulet

Une course qui se précise

La sagesse et l’expérience politique ont certainement pesé lourd dans la balance de l’ex-ministre Julie Boulet quant à sa possible candidature à la mairie de Trois-Rivières. En annonçant qu’elle n’allait pas être sur la ligne de départ, elle a pris soin de dire qu’elle n’écartait pas la possibilité de faire un retour en politique active, éventuellement, mais que cette élection partielle à la mairie arrivait trop rapidement. La lucidité a parlé, pourrait-on dire.

Pourquoi? Parce que malgré sa notoriété, Julie Boulet aurait peut-être manqué de temps pour aller chercher, au sein du conseil et dans la communauté, les appuis suffisants pour se lancer dans une campagne électorale à la mairie d’une ville qui n’est pas la sienne. Bien sûr, Julie Boulet a maintenant une résidence à Trois-Rivières, mais il faut plus de temps pour s’intégrer dans une communauté. La notoriété seule ne peut pas faire ce travail.

Si Julie Boulet pouvait certainement avoir un œil sur la mairie de Trois-Rivières lorsqu’elle a quitté la scène provinciale, elle a été prise de court par la démission hâtive du maire Yves Lévesque. Il ne faudrait toutefois pas s’étonner de la voir reprendre une réflexion dans un an ou deux, en prévision des élections générales de novembre 2021. Ou pour une candidature à un autre palier gouvernemental.

Il serait toutefois étonnant que la fenêtre d’opportunité soit alors aussi grande qu’elle l’est présentement. Il est toujours plus difficile de déloger un maire en fonction.

Mme Boulet n’est pas la seule à avoir fermé la porte pour cette fois-ci. Patrick Charlebois, dont le nom est évoqué presque à chaque élection municipale, a fermé la porte sur Twitter et sur Facebook, disant que ç’allait être pour une prochaine fois.

Le conseiller du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin, a lui aussi indiqué qu’il n’allait pas être candidat à la mairie et qu’il appuyait Jean-François Aubin. Cela envoie un signal important: Jean-François Aubin a des appuis au sein même du conseil. Dans un contexte d’élection complémentaire, avec des élus qui ont des équipes électorales «en attente» dans leur district respectif, ça compte.

Jean-François Aubin, qui avait été le premier à confirmer sa candidature, multiplie les apparitions publiques, les rencontres, les bains de foule. On a l’impression que sa campagne électorale a commencé dès le lendemain de sa défaite contre Yves Lévesque en novembre 2017 et qu’elle ne s’est jamais véritablement interrompue depuis. Son récent positionnement dans le dossier «Vision zéro» est prudent et certainement stratégique: il démontre une ouverture envers un projet né de l’initiative du conseil tout en étant manifestement sensible aux préoccupations et à la grogne d’une partie de l’électorat. Il sait, pertinemment, que ce dossier deviendra un enjeu électoral.

La semaine dernière, c’est le directeur général de Culture Mauricie, Éric Lord, qui a confirmé sa candidature à la mairie. Il veut apporter un vent de renouveau au conseil municipal. En 2013, son nom avait circulé et il avait finalement renoncé à se porter candidat. Il s’agit certainement d’une candidature de qualité, mais peut-être que la plus grande difficulté d’Éric Lord sera le déficit de notoriété, lui qui est surtout connu dans le milieu culturel.

Il y a aussi des candidats potentiels qui se disent toujours en réflexion. François Bélisle et Valérie Renaud-Martin semblent être les deux seuls élus en place à pouvoir encore se lancer dans la course. Le président du FestiVoix et porte-parole du ministère des Transports dans la région, Jean Lamarche, jauge aussi ses appuis. Robert Aubin serait toujours en réflexion également.

La possibilité d’une course à plusieurs est encore bien réelle. Plus il y a de monde sur la ligne de départ, plus le pourcentage de votes nécessaire pour être élu risque d’être bas. À six ou sept candidats, il ne serait pas étonnant de voir un maire élu avec 30 % des voix.

La différence, cette fois, c’est que tous ceux qui aspirent à la mairie peuvent prétendre incarner le changement. Et dans l’état actuel des choses, aucune candidature déclarée ou possible ne semble pouvoir incarner la continuité.