Jean Charest

Une course moins enlevante

ÉDITORIAL / Jean Charest a pris sa décision: il ne sera pas candidat à la direction du Parti conservateur du Canada. Les facteurs dissuasifs semblaient s’accumuler pour cet ex-premier ministre du Québec et ex-chef par intérim du Parti progressiste-conservateur, si bien que la raison l’a probablement emporté sur la passion. Mais avouons-le, l’absence de Jean Charest rendra certainement la course conservatrice beaucoup plus terne.

On peut penser ce qu’on veut de Jean Charest mais on ne peut pas nier qu’il est une redoutable bête politique. On peut lui reprocher bien des choses, mais il aura tout de même dirigé trois gouvernements libéraux au Québec comme premier ministre. Jamais il n’a fait l’unanimité. Et il n’y a pas de raison de croire que ç’aurait été différent s’il s’était lancé dans la course à la direction du Parti conservateur.

Jean Charest est toujours visé par une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur les liens entre le financement politique du PLQ et l’octroi de contrats publics. L’enquête, amorcée il y a cinq ans, n’est toujours pas conclue. Dans l’entrevue qu’il a accordée lundi à Radio-Canada, il a d’ailleurs critiqué la «partie de pêche» à laquelle semble se livrer l’UPAC dans l’enquête le concernant.

Même s’il n’y a présentement aucune accusation contre lui, les considérations éthiques ont peut-être eu raison de la candidature de Jean Charest. La dernière chose dont les conservateurs voulaient, c’était d’un candidat dont le nom a été associé à du financement controversé et encore moins à un candidat ayant fait l’objet d’une enquête criminelle. Mardi, Jean Charest s’est appliqué à discréditer le travail de l’UPAC, pourtant mise en place sous sa gouverne.

Autre facteur non négligeable qui pourrait expliquer la décision de Jean Charest: le manque d’appuis et la perspective de diviser le vote plus progressiste que conservateur au sein même du parti. Jean Charest a multiplié les contacts depuis qu’Andrew Scheer a fait part de sa décision de quitter la direction du Parti conservateur et ils n’auraient pas tous été concluants.

Qui plus est, un sondage Léger commandé par La Presse canadienne vient démontrer qu’il était loin d’être parmi les favoris pour prendre les rênes du Parti conservateur. C’est plutôt Rona Ambrose – qui n’a pas encore fait connaître sa décision – qui serait en tête, avec 18 % d’avis favorables. Peter MacKay, qui a décidé de se lancer dans la course, arrive deuxième à 12 %. Et même si le sondage le plaçait premier au Québec, Jean Charest ne recueillait que 4 % d’appuis dans l’ensemble du pays.

Un sondage reste un sondage, mais celui-ci donnait certainement une bonne indication de l’humeur des Canadiens quant à celui qu’ils veulent voir affronter Justin Trudeau à la prochaine élection fédérale.

De plus, la candidature confirmée de Peter MacKay venait certainement couper l’herbe sous le pied de Jean Charest. L’ex-ministre conservateur est lui aussi issu de la branche plus progressiste du Parti conservateur. Et comme il semble impératif de ramener le Parti conservateur un peu plus au centre pour le rendre plus présentable dans certaines régions du pays, il devenait hasardeux de diviser le vote entre deux «red tories» pour permettre à un candidat plus rigide ou plus à droite de se faufiler.

Officiellement, Jean Charest invoque les règles contraignantes pour se porter candidat et déplore aussi que le Parti conservateur ait changé depuis qu’il l’a quitté en 1998. Sa vie familiale et sa vie professionnelle ont aussi pesé dans la balance. Mais entre les lignes, on comprend qu’il n’avait pas envie de se lancer dans une aventure avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, de potentiellement nuire à un candidat partageant plusieurs valeurs politiques ou encore de subir une défaite.

Même si la décision de Jean Charest va certainement affadir la course conservatrice, elle est probablement la plus sage que l’homme pouvait prendre dans les circonstances. Pour lui comme pour le Parti conservateur.