Le premier ministre Justin Trudeau a remis à Malala Yousafzai son certificat de citoyenneté canadienne honoraire qui lui avait été décernée en 2014.

Une concitoyenne inspirante

Le geste n'a rien de banal. Le Canada a fait de Malala Yousafzai une citoyenne honoraire. Avant elle, cinq autres personnalités, dont le Dalaï-lama, Nelson Mandela et Aung San Suu Kyi, ont eu droit à un tel honneur. Malala est la plus jeune. Mercredi, elle a injecté au parlement fédéral une grosse dose d'émotion et de fierté.
La jeune femme n'a que dix-neuf ans mais elle a déjà un impressionnant parcours. En fait, c'est son histoire qui est inspirante. À 11 ans, dans son Pakistan natal, elle décidait de prendre la parole et de dénoncer l'interdiction pour les jeunes filles, d'avoir accès à l'éducation. À ce moment, la plupart des établissements d'enseignement pour filles avaient été détruits par les talibans.
Dès lors, elle dérange. Elle devient connue du public grâce à un blogue qu'elle tient à partir de 2009 sur le site web de la BBC. Son statut de militante pour l'éducation des jeunes filles lui vaut l'attention de nombreux organismes et de médias de partout dans le monde.
En 2012, elle est victime d'une tentative d'assassinat par des talibans pakistanais à la sortie de son école. Grièvement blessée, elle a été transportée d'hôpital en hôpital avant de finir ce périple de soins à Birmingham, au Royaume-Uni, où elle subit une opération de reconstruction du crâne. Fort heureusement, son cerveau n'a pas été atteint par les blessures.
Ses prises de position, son courage et sa détermination lui ont valu plusieurs reconnaissances nationales et internationales: Prix national de la jeunesse pour la paix du gouvernement pakistanais en 2011, prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes en 2012, prix d'Amnesty International en 2013, prix Sakharov pour la liberté de l'esprit du Parlement européen cette même année, prix des droits de l'homme des Nations unies en 2013 également et, non le moindre, le prix Nobel de la paix en 2014. L'ONU avait aussi procédé à la création de la «Journée Malala» en 2013 pour défendre l'éducation dans le monde et en particulier celle des filles.
Cette fois, c'est le Canada qui lui rend l'hommage qu'elle aurait dû avoir en 2014. Alors qu'elle et son père venaient d'atterrir à Toronto le 22 octobre, elle a été contrainte de retourner chez elle, au Royaume-Uni, en raison des attentats qui venaient de se produire à Saint-Jean-sur-Richelieu et au parlement d'Ottawa.
Mercredi, toutefois, elle a été reçue avec tous les égards nécessaires dans une Chambre des communes pleine à craquer. Députés, sénateurs, juges de la Cour suprême, personnel diplomatique, plusieurs centaines de personnes ont voulu ne rien manquer du discours qu'elle a prononcé après la cérémonie qui ont fait d'elle une citoyenne canadienne honoraire.
Des thèmes comme la tolérance, l'égalité des chances et l'importance de l'éducation ont été abordés avec un aplomb impressionnant et une touche d'humour visiblement bien appréciée de son auditoire.
Malala Yousafzai, qui est aussi un modèle d'humilité, a aussi profité de l'occasion pour féliciter le Canada pour sa politique d'accueil des réfugiés syriens, disant du même souffle espérer que nos voisins du sud allaient suivre cet exemple.
Les cérémonies de mercredi avaient peut-être un parfum de récupération politique mais ça ne pouvait pas faire autrement: la jeune femme est populaire, inspirante et touchante. L'occasion était belle de créer un moment fort pour le public, les parlementaires et la presse. On ne peut blâmer Justin Trudeau pour ça.
Parce que plus l'histoire de Malala sera connue et plus son message sera diffusé, meilleures sont les chances de prendre conscience qu'on a de la chance ici, chez nous, et de prendre conscience surtout qu'il y a encore beaucoup d'efforts à faire pour améliorer la situation ailleurs dans le monde.
Des concitoyennes comme Malala, on en prendrait davantage.