336 passagers d'un avion d'Air Transat sont demeurés à l'intérieur de l'appareil Airbus A330 pendant près de six heures.

Une charte très attendue

On n'a certainement pas fini d'entendre parler de ce triste incident qui a forcé les 336 passagers d'un avion d'Air Transat à demeurer à l'intérieur de l'appareil Airbus A330 pendant près de six heures, sur le tarmac de l'aéroport d'Ottawa. Et c'est tant mieux. Parce que de tels événements sont inacceptables et il est plus que temps de le faire comprendre aux compagnies aériennes.
Dans le cadre de l'enquête qu'il mène actuellement, l'Office des transports du Canada tiendra des audiences publiques sur les événements du 31 juillet dernier, afin de déterminer pourquoi les passagers ont été confinés dans cet appareil. 
Des orages violents à Montréal avaient forcé les pilotes de cet avion d'Air Transat en provenance de Bruxelles et d'un autre en provenance de Rome à se diriger plutôt vers l'aéroport d'Ottawa. Les deux avions ont été immobilisés pendant plusieurs heures sur le tarmac et les passagers ne pouvaient en sortir, avec tous les inconvénients que cela comporte: manque d'eau, chaleur excessive, angoisse des passagers et altercations avec des membres d'équipage, pour ne nommer que ceux-là.
Le transporteur a soutenu qu'il n'y avait aucun moyen de faire sortir les passagers en toute sécurité, ce qui a rapidement été contredit par l'administration aéroportuaire d'Ottawa. Air Transat plaidait que l'aéroport n'avait pas été en mesure de fournir les passerelles qui auraient permis de faire sortir les passagers ou de leur apporter de l'eau potable, et que les délais de ravitaillement en carburant ont entraîné l'arrêt de la climatisation. Mais du côté de l'aéroport, on a insisté sur le fait que des autobus étaient prêts à prendre les passagers pour les conduire à l'aérogare si le transporteur avait décidé de les faire descendre.
Quelles sont les véritables raisons pour lesquelles ce débarquement n'a pas eu lieu? C'est peut-être un des points sur lesquels l'enquête en cours pourrait apporter des éléments de réponse.
L'immobilisation de l'appareil d'Air Transat n'est pas le premier événement d'actualité, au Canada ou ailleurs, qui vient démontrer non seulement la nécessité mais aussi l'urgence d'adopter une charte des droits des passagers en matière de transport aérien. C'est précisément ce à quoi doit remédier le projet de loi C-49, actuellement à l'étude à la Chambre des Communes.
Cette semaine, la secrétaire parlementaire du ministre fédéral des Transports expliquait que selon les règles actuelles - ou plutôt l'absence de règles -, la compagnie aérienne n'était pas tenue d'indemniser les passagers qui ont dû passer près de six heures dans cet appareil cloué au sol. Mais le projet de loi actuellement à l'étude pourrait changer la donne.
Cette charte viendrait édicter des normes minimales à respecter quant au traitement réservé aux passagers, notamment dans le cas d'une immobilisation au sol ou d'un confinement. De façon plus générale, elle donnerait un peu plus d'outils aux voyageurs lésés, peu importe les circonstances.
Actuellement, ce sont les transporteurs qui fixent eux-mêmes les obligations auxquelles ils veulent bien être tenus. C'est un non-sens. 
Ça prouve surtout que nous sommes dans un contexte où les passagers d'une compagnie aérienne ne sont pas traités en fonction de ce qu'ils sont réellement: des clients. Les transporteurs mettent tout en branle pour les convaincre d'utiliser leurs services, mais une fois le billet acheté, la considération prend le bord et si des situations désagréables surviennent, on fera tout pour éviter de reconnaître quelque responsabilité que ce soit. 
L'Europe est déjà beaucoup plus avancée que l'Amérique du Nord en matière de protection des droits des voyageurs. Souhaitons que celle qui devrait voir le jour au Canada avec le projet de loi C-49 s'en inspire fortement. Cela pourrait permettre d'éviter tant de situations fâcheuses.