Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Sylvain Leblanc
Sylvain Leblanc

Une chance qu’il y avait le bureau du député...

ÉDITORIAL / C’est une histoire surréaliste qui est arrivée à Sylvain Leblanc, un travailleur autonome de Saint-Mathieu-du-Parc qui s’était fait voler son identité et qui a vu ses versements de la prestation canadienne d’urgence interrompus. Déjà qu’on imagine le cauchemar que peut provoquer une absence de revenus pour une période prolongée, on constate aussi qu’il y a un problème majeur dans la prestation du service à la clientèle. Passer par le bureau d’un député pour régler un dossier semblable ne devrait pas devenir une norme.

On savait que la PCU allait être un objet de convoitise pour de nombreux fraudeurs et c’est ce qui semble avoir provoqué l’interruption des versements à Sylvain Leblanc.

Après avoir constaté un délai anormal de quelques jours dans le versement de son aide financière fédérale, le Mathieusaintois s’est rendu sur le site web de l’Agence du revenu du Canada et y a fait la triste découverte: un fraudeur avait usurpé son identité pour modifier les coordonnées bancaires associées au versement des prestations.

Il y a d’abord eu les longs délais pour joindre quelqu’un à l’Agence du revenu. Même en n’étant pas victime de vol d’identité, c’est déjà un parcours du combattant pour de nombreux Canadiens. La pandémie de COVID-19 a fait exploser les demandes et avec le télétravail qui a aussi touché la fonction publique, le nombre de préposés pouvant répondre aux appels n’était pas suffisant. La fonction publique fédérale a dû transférer de nombreux employés pour répondre aux appels concernant l’assurance-emploi et la PCU mais ça n’a jamais été suffisant.

Lorsqu’il a pu joindre quelqu’un, on lui a répondu qu’il devait lui-même gérer cette situation pour obtenir son versement. C’est évidemment une réponse inacceptable pour quelqu’un qui se retrouve sans revenus et qui essaie simplement de régulariser son dossier au sein de l’agence fédérale.

Après avoir enfin pu voir plus clair sur ce qui lui était arrivé, il a de nouveau contacté l’Agence du revenu du Canada pour les informer de la situation exacte dans laquelle il s’est malgré lui retrouvé. L’homme n’était pas au bout de ses peines: on lui a dit qu’il faudrait compter au moins 40 jours avant de pouvoir toucher les prestations auxquelles il avait droit et qu’il n’avait pas reçues. C’est presque six semaines sans revenus.

Il aura fallu l’intervention du personnel du bureau de circonscription du député bloquiste de Berthier-Maskinongé, Yves Perron, pour que son dossier puisse être traité rapidement et pour que les correctifs soient apportés.

Il est vrai que les députés de la Chambre des Communes ont des canaux de communication plus directs et plus rapides avec les différents ministères et agences fédérales. C’est très bien ainsi. Mais dans le cas qui nous concerne, un citoyen aurait normalement dû pouvoir régler lui-même, avec l’assistance du personnel de l’Agence du revenu du Canada, une telle situation.

Le hic, c’est que l’Agence du revenu du Canada ou Service Canada n’ont jamais eu les ressources suffisantes ou suffisamment compétentes pour régler de tels dossiers. Les cas de citoyens qui étaient incapables de joindre ces services ou d’avoir des réponses claires pour une situation qui sort un tant soit peu de l’ordinaire sont nombreux. Trop nombreux.

Même si les bureaux de députés font un travail exceptionnel pour aider les citoyens, il ne faudrait pas que cela devienne la norme pour régulariser certains dossiers ou pour simplement fournir aux citoyens l’aide à laquelle ils ont droit.

Il est de la responsabilité du gouvernement fédéral de déployer un effectif suffisant et compétent pour traiter tous les cas, même ceux qui sont complexes et qui sortent du cadre habituel de réponses que les fonctionnaires doivent être en mesure de fournir.

L’annonce de la transition prochaine des dossiers de la PCU vers l’assurance-emploi n’augure rien de bon pour les prestataires. Une telle transformation entraînera son lot de questions et de situations pour lesquelles les citoyens qui touchent ces prestations voudront avoir des informations et des précisions. Cela risque, une fois de plus, de submerger d’appels les préposés à l’information et au traitement des dossiers.

La réponse du fédéral pour une aide financière d’urgence dans le contexte des pertes d’emploi liées à la pandémie de COVID-19 a été exemplaire. Le service qui aurait dû venir avec semble l’être beaucoup moins.