Martin Francoeur

Une campagne signée Champagne

ÉDITORIAL / Le Canada aura-t-il ou non un siège au Conseil de sécurité des Nations unies comme il le souhaite depuis quelques années déjà? C’est ce mercredi que s’amorce, à New York, le vote des 193 pays membres de l’Assemblée générale de l’ONU et même si rien n’est encore joué pour le Canada, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, semble afficher un optimisme prudent.

Le dossier a tenu occupé le député de Saint-Maurice–Champlain au cours des dernières semaines. Le 6 juin dernier, alors qu’il prenait part à la marche contre le racisme organisée à Trois-Rivières, il confiait avoir multiplié les rendez-vous téléphoniques avec ses homologues de partout dans le monde. Quelques heures avant d’aller marcher de l’Université du Québec à Trois-Rivières jusqu’à l’hôtel de ville, il s’était entretenu avec la ministre des Affaires étrangères du Lesotho, un petit royaume de 2 millions d’habitants enclavé dans l’Afrique du Sud. Chaque coup de fil, chaque pays est important, disait le ministre.

Une bonne partie de la campagne du Canada pour obtenir un des sièges non permanents au Conseil des sécurité repose sur la volonté de donner une voix aux pays qui n’en ont pas. Mais au-delà de cela, on comprend surtout que le Canada cherche à se redonner la voix forte qu’il a déjà eue à l’échelle internationale.

Avant la crise de la COVID-19, le premier ministre Justin Trudeau avait assisté au sommet de l’Union africaine en Éthiopie et effectué une visite au Sénégal, en février. Les anciens premiers ministres Joe Clark et Jean Chrétien avaient été mandatés pour faire un peu de relations publiques en Afrique ou au siège de l’ONU à New York.

En visant un siège temporaire au Conseil des sécurité, le Canada tente de refaire sa réputation sur la scène internationale. Dans son premier mandat, Justin Trudeau a d’abord voulu recoller certains pots cassés par le gouvernement précédent entre le Canada et les Nations unies, un organisme pour lequel le pays avait toujours été non seulement un des grands bailleurs de fonds, mais aussi et surtout un grand chouchou. On l’ignore peut-être, mais le Canada est un des principaux contributeurs au budget annuel de l’ONU. Pour 2020, le Canada verse 77 millions $US (environ 102 millions $CAD) à l’organisme, un montant comparable à celui que verse la Russie, pourtant quatre fois plus populeuse.

Cela fait vingt ans que le Canada n’a pas siégé au Conseil de sécurité. En 2010, lors d’une tentative semblable, la communauté internationale a servi une puissante gifle au Canada, lui préférant le Portugal pour occuper un siège temporaire. Cette fois, le Canada se frotte à d’autres pays de son groupe de pays admissibles (Europe occidentale et autres) qui ont aussi une solide réputation internationale: la Norvège et l’Irlande. Mais comme les deux sièges visés sont actuellement occupés par deux pays européens – l’Allemagne et la Belgique –, il serait décevant de voir deux autres pays européens les remplacer.

Mardi, le premier ministre Trudeau a insisté sur le fait que l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité n’était pas une fin en soi. Mais ce sera assurément un test pour le Canada. S’il échoue, c’est que la timidité du pays sur certains enjeux mondiaux, notamment sur celui des changements climatiques, aura pesé lourd dans la balance. Et cela signifiera certainement que tous les pots n’ont pas encore été recollés ou que les voix qui s’élèvent encore contre la candidature canadienne sont encore entendues.

Mais si le Canada parvient à obtenir un de ces sièges non permanents, il le devra certainement en bonne partie à des ministres comme Chrystia Freeland ou François-Philippe Champagne, qui ont déployé de vives énergies sur la scène internationale ces dernières années. Il y a assurément beaucoup de politique et de travail de coulisses dans ce processus qui connaîtra son dénouement cette semaine. Et généralement, l’actuel ministre des Affaires étrangères est assez habile avec ça.