Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Une arme à double tranchant

ÉDITORIAL / Ce n’est pas la première fois que les représentants des Premières Nations profitent du creux estival dans l’actualité pour y aller d’un coup d’éclat médiatique. Mercredi, des porte-parole des Innus de Pessamit et des Atikamekws de Wemotaci ont tenu une conférence de presse dans laquelle ils réclament une importante compensation au gouvernement du Québec, pour des barrages, des réservoirs et des lignes de transport d’Hydro-Québec sur leurs territoires ancestraux.

C’est de bonne guerre pour ces communautés autochtones. Surtout avec l’accord conclu en 2002 entre le gouvernement du Québec, la Paix des Braves, qui prévoyait le versement de compensations totalisant 4,5 milliards $ sur une période de cinquante ans.

Le hic, c’est que la Paix des Braves n’avait été conclue qu’avec les Cris, alors que les installations d’Hydro-Québec se trouvent aussi sur des territoires ancestraux d’autres Premières Nations, notamment en Haute-Mauricie et sur la Côte-Nord, d’où l’intervention du chef René Simon, de Pessamit, et des conseillers de la Nation Atikamekw de Wemotaci Alys Quoquochi et Guy Laloche.

Ceux-ci ont rappelé que plus d’une trentaine d’infrastructures majeures d’Hydro-Québec sur leurs territoires ancestraux n’ont pas généré de compensations dans le passé. S’ils n’obtiennent pas l’écoute de Québec pour une compensation globale, ils prendront les moyens pour faire avorter le projet visant à construire une ligne de transport d’électricité vers le Massachusetts. Le chef de Pessamit a indiqué qu’il était prêt à poursuivre ses activités de lobbyisme contre cet important projet.

La volonté de faire reconnaître, par le gouvernement québécois, les injustices et les préjudices causés en territoire innu et atikamekw est tout à fait légitime. Il y a, surtout, une iniquité flagrante avec les Cris.

Des interrogations peuvent toutefois surgir en ce qui a trait aux moyens qui pourraient être déployés par les Premières Nations concernées pour faire valoir leurs revendications. Les représentants ont évoqué, mercredi, une campagne publicitaire contre Hydro-Québec, jumelée à des activités de représentation auprès des élus du nord-est des États-Unis.

Il s’agit toutefois de démarches extrêmement délicates qui pourraient avoir une incidence directe et peut-être catastrophique sur le projet d’exportation d’électricité. Les Innus de Pessamit ont déjà joué dans un film semblable. L’année dernière, ils avaient effectué des activités de lobbyisme auprès de médias et de décideurs états-uniens, ce qui avait finalement provoqué l’abandon du projet Northern Pass au New Hampshire.

Si l’objectif est aussi d’obtenir des appuis au sein de la population, ce n’était alors peut-être pas une bonne idée d’évoquer l’idée de procéder à des blocus ferroviaires s’ils n’obtiennent pas l’écoute souhaitée.

Les canaux de communications ne semblent toutefois pas fermés avec le gouvernement du Québec puisque la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, assurait mercredi que le gouvernement était résolument déterminé à en arriver à une véritable réconciliation avec les Premières Nations et les Inuits. Son cabinet invite les communautés des Innus de Pessamit et des Atikamekws de Wemotaci à revenir à la table de négociation. L’objectif, dit-on, est d’établir des partenariats bénéfiques et d’en arriver à des solutions communes.

Les négociations visant à trouver un moyen et un trajet pour exporter l’électricité québécoise vers le Nord-Est des États-Unis ont été laborieuses. Il serait certainement dommage de gâcher tout cela et de se mettre à dos une grande partie de la population qui pourrait ne pas apprécier des moyens de pression trop radicaux.