Martin Francoeur

Une aide essentielle pour la protection du patrimoine religieux

ÉDITORIAL / Le gouvernement du Québec vient une fois de plus à la rescousse pour préserver une partie du patrimoine religieux.

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, avait choisi la cathédrale de Nicolet comme décor pour annoncer le versement de 15 millions $ à différents projets de rénovation pour l’année qui vient. Il en faudrait assurément beaucoup plus pour empêcher la détérioration des édifices à caractère religieux ou pour faciliter la reconversion de certains d’entre eux, mais les ressources gouvernementales ne sont pas illimitées.

Depuis 1995, Québec verse une aide substantielle pour la préservation du patrimoine religieux dans le cadre d’un programme visant la protection, la transmission et la mise en valeur du patrimoine culturel à caractère religieux. Depuis quelques années aussi, la réflexion se poursuit quant à ce qui doit être fait pour la préservation de ce patrimoine et sur la responsabilité financière qui y est associée. Québec veut bien faire un bout de chemin mais ne peut répondre à toutes les demandes.

Le montant de 15 millions $ annoncé lundi à Nicolet est exactement le même que celui octroyé l’an dernier pour ce même programme. Les quelque 140 demandes totalisent toutefois autour de 40 millions $. Les 15 millions $ pour 2020-2021 serviront plus précisément à la restauration de 62 bâtiments et de trois orgues, répartis dans plusieurs régions. Un autre montant de 5 millions $ sera versé pour la requalification des lieux de culte excédentaires mais l’annonce aura lieu plus tard.

C’est connu: les fabriques n’arrivent plus à payer les frais reliés à l’entretien et à la rénovation des bâtiments destinés au culte, souvent imposants et vieillissants. Bon nombre d’entre eux ont une valeur patrimoniale reconnue, notamment par la Loi sur le patrimoine culturel. C’est le cas de la cathédrale de Nicolet, où a eu lieu l’annonce. Dans bien des cas, les considérations patrimoniales augmentent la facture des travaux de rénovation ou de reconversion.

Il est toujours pertinent de se rappeler que le patrimoine culturel à caractère religieux est un symbole puissant de notre histoire et de notre identité. Dans la plupart des villes et des villages, les églises sont des témoins du temps, des lieux de rassemblement, des constructions érigées grâce au travail et aux sacrifices de ceux et celles qui nous ont précédés. À bien des égards, ce sont de véritables œuvres d’art.

Oui, il importe d’assurer leur préservation. Oui l’État a un rôle à jouer. Mais il faut encore réfléchir sur la façon dont on peut rendre vivants ces immeubles à une époque où la pratique religieuse ne cesse de s’effriter. Plusieurs églises, fabriques, comités historiques ou associations ont déjà trouvé des pistes intéressantes pour au moins permettre une mise en valeur de ces lieux et pour les rendre accessibles au public.

Les communautés et la population doivent s’approprier les lieux dont ils souhaitent la préservation. Une église paroissiale ne peut plus vivre des offrandes de quelques célébrations par année ou des dîmes de plus en plus rares. Il importe de favoriser des utilisations connexes ou carrément de trouver une deuxième vie qui assurera un maintien de l’intégrité architecturale lorsque celle-ci présente un intérêt spécifique.

Sauver des églises de la démolition ou de la décrépitude ne doit pas être fait par conviction religieuse. Cela doit se faire par conviction patrimoniale, dans un souci de préservation de notre histoire collective.