La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

Une actualisation qui s'impose

Si on exclut les timides augmentations du salaire minimum, annoncées au gré des humeurs gouvernementales, on ne peut pas dire que le monde du travail, au Québec, s'adapte facilement et efficacement aux nouvelles réalités et aux besoins des travailleurs.
En ce sens, l'intérêt manifesté par le premier ministre Couillard envers certaines mesures mises de l'avant chez nos voisins ontariens est plutôt réjouissant. 
Il semble bien que le Québec observe avec intérêt ce qui se passe chez sa voisine. La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, a dévoilé mardi les grandes lignes d'un projet de réforme qui, en plus de faire passer le salaire minimum à 15 $ d'ici janvier 2019, prévoit l'ajout d'une semaine de congé rémunérée pour quiconque atteint le plateau des cinq ans de service chez un même employeur.
Les mesures annoncées en Ontario découlent en bonne partie des recommandations formulées par une commission gouvernementale qui avait été mandatée pour examiner l'évolution des milieux de travail dans la province. Cette analyse a notamment démontré que les nouvelles technologies, le secteur manufacturier en déclin et la baisse du nombre d'emplois syndiqués, entre autres, rendent vulnérable près du tiers de la main-d'oeuvre de la province.
Ce n'est un secret pour personne que cette situation et ces observations sont similaires à ce que l'on peut trouver de ce côté-ci de la frontière.
Dans un élan de lucidité - inspiré peut-être par le fait que les élections sont dans seize mois -, Philippe Couillard n'a pas hésité à dire que lui et ses collègues trouvaient très intéressantes les propositions ontariennes sur le salaire minimum et sur les vacances, même si au Québec la troisième semaine de vacances payées après cinq ans de service est déjà une réalité.
Ce qui intéresse en fait le premier ministre, c'est la possibilité de donner écho à ce qu'il entend sur le terrain ou quand il consulte ses députés: les jeunes familles ont besoin de plus de temps. La conciliation travail-famille a besoin d'un petit coup de pouce supplémentaire de la part du gouvernement. S'il promet de regarder la possibilité d'ajouter des congés payés aux normes du travail, il promet aussi de le faire avec prudence.
Il n'a pas le choix. Parce que s'il va de l'avant, les syndicats applaudiront, mais le milieu patronal ne se gênerait pas pour manifester son inquiétude. Les modifications aux conditions minimales du travail auraient inévitablement des impacts sur celles des milieux syndiqués, ce qui entraînerait des coûts considérables pour les entreprises, peu importe leur nature.
Les avenues possibles sont nombreuses: augmenter une fois de plus le nombre de congés familiaux, ajouter un ou des jours fériés - le Québec est parmi les plus chiches en cette matière avec huit seulement, contre une dizaine ou même une douzaine dans d'autres juridictions - ou faciliter les aménagements du temps de travail.
En plus d'offrir du temps aux travailleurs, le principal avantage de mettre à jour les avantages et les conditions minimales de travail, sur les plans du salaire et des congés, serait d'augmenter le pouvoir d'achat d'un plus grand nombre de travailleurs, ce qui peut avoir des effets positifs sur les dépenses de consommation et, de façon plus générale, sur l'économie de la province.
En Ontario, les hausses prévues pour le salaire minimum sont fulgurantes. Le seuil presque magique des 15 $ l'heure sera atteint d'ici 18 mois. Les Ontariens iront aux urnes dans un an, doit-on le rappeler.