Un triste constat d’échec

La Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie tourne la page sur un épisode chaotique, coûteux et mystérieux. On apprenait jeudi que l’organisme intermunicipal s’était entendu avec les Serres Savoura St-Étienne inc. pour racheter le contrat initialement signé en 2007 concernant la vente de biogaz purifié par la Régie.

L’aventure du biogaz aura été coûteuse jusqu’à la fin. Et encore, les autorités de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie (RGMRM) refusent de divulguer le montant versé en compensation à Savoura en raison d’une entente de confidentialité.

Est-il utile qu’on rappelle que la Régie est un organisme financé essentiellement par les municipalités et MRC constituantes, elles-mêmes financées par les contribuables?

La compensation versée à Savoura vient du fait que le contrat d’approvisionnement en biogaz ne venait à échéance que dans quinze ans. Son rachat était devenu nécessaire parce qu’il n’était tout simplement pas avantageux pour la RGMRM.

La Régie n’était plus en mesure de produire suffisamment de biogaz pour répondre aux besoins des serres, qui devaient s’alimenter aussi en gaz naturel. La Régie devait donc payer la différence en consommation de gaz naturel, en plus d’entretenir l’équipement nécessaire à la purification du biogaz. Et comme cet équipement est désuet, ça représentait environ un demi-million de dollars annuellement. Il aurait fallu au bas mot engager un autre million et demi de dollars pour rénover l’équipement.

C’est loin d’être les premières grosses dépenses engendrées par l’aventure désastreuse des biogaz. Initialement, les travaux visant à extraire le biogaz, à le traiter et à le livrer à Savoura devaient coûter 2,4 millions $. La facture aura finalement dépassé les 5 millions $ avant de pouvoir honorer partiellement l’entente avec Savoura.

Déjà dans les premiers mois d’exercice, une étude de la firme BPR commandée par la Ville de Trois-Rivières concluait que la Régie allait être perdante dans l’entente conclue avec Savoura. La Régie, avançait-on dans ce document, allait continuer de perdre pendant 40 ans des millions de dollars au profit des serres Savoura.

En 2008, une longue et coûteuse saga judiciaire s’ouvrait entre la Régie et Savoura, un an seulement après que cette dernière eut annoncé la construction d’un complexe de serres alimentées au biogaz à Saint-Étienne-des-Grès.

En 2013, la Cour d’appel a fini par donner raison à Savoura sur plusieurs points en litige. Résultat: la RGMRM a dû verser 1,2 million de dollars à Savoura.

Plus on regarde ce dossier, plus on se désole.

La RGMRM a accumulé un costaud déficit au fil des ans en lien avec le fiasco des biogaz et la pression était devenue insoutenable pour les municipalités constituantes. La dette de la Régie dépasse les 50 millions de dollars, ne l’oublions pas non plus.

S’il y a une mince lueur positive dans cette histoire, c’est dans la vente éventuelle de biogaz à Énergir qu’il faut la voir. Le président de la Régie et maire de Shawinigan, Michel Angers, considère que cette nouvelle avenue pourrait devenir «très rentable». Souhaitons que ce soit le cas. On disait la même chose, il y a onze ans, de l’entente avec Savoura...

Il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Parce que les technologies ont évolué, la Régie devra construire une usine de purification de biogaz, le système de traitement du biogaz mis en place en 2006 étant devenu inopérant.

Plus les années passent, plus il est tentant de conclure que le monde municipal n’a peut-être plus la compétence pour gérer des sites d’enfouissement. Les vocations de ceux-ci se sont diversifiées et les possibilités se sont multipliées. Les technologies ne sont plus ce qu’elles étaient et les normes gouvernementales sont devenues très strictes.

Souhaitons que les ambitions de la Régie soient porteuses. Parce que pour l’instant, on n’est pas loin d’appeler ça un spectaculaire gâchis.