Martin Francoeur
Le président Donald Trump
Le président Donald Trump

Un triplé pour les démocrates?

ÉDITORIAL / À moins de quatre mois de l’élection présidentielle qu’il espère être la clé de voûte de son deuxième mandat, rien ne va plus pour Donald Trump. Complètement dépassé par la crise de la COVID-19, le président est en chute libre dans les sondages. Ses chances de réélection semblent ne jamais avoir été aussi minces. Mais il y a pire encore pour les républicains: la glissade de Trump pourrait entraîner la perte de la majorité au Sénat, ce qui donnerait aux démocrates le triplé tant convoité: la présidence, le Sénat et la Chambre des représentants.

Mais cent neuf jours, en politique, c’est long. Très long. C’est le délai qui sépare les électeurs états-uniens de leur rendez-vous quadriennal avec les urnes présidentielles. Il peut se passer bien des choses d’ici là. Mais disons que le portrait n’est réjouissant ni pour Trump ni pour les républicains.

Donald Trump est peut-être plus lucide qu’on le croit. Il semble être en mesure de constater qu’il se dirige droit vers un mur, surtout depuis le fiasco de son rassemblement très peu couru à Tulsa, en Oklahoma, le 20 juin dernier. Dans une volonté de donner un nouveau souffle à sa campagne, le président a remanié, ces derniers jours, son équipe de campagne, nommant même un nouveau directeur. Mais il faudra plus que cela.

D’abord en ce qui a trait à sa propre réélection, les chances de Trump semblent s’amenuiser à mesure que sont publiés les plus récents sondages d’intentions de vote. Des États qui lui avaient été favorables en 2016 et qui lui sont nécessaires pour espérer une réélection penchent résolument du côté des démocrates. C’est le cas de la Pennsylvanie, du Wisconsin, du Michigan et même de la Floride. Si les sondages sont à peu près fidèles aux intentions de vote et si l’élection avait lieu maintenant, le compte de 270 grands électeurs nécessaires pour élire le président serait vite atteint en faveur du ticket démocrate. Même des États rouge foncé comme l’Arizona et la Caroline du Nord basculeraient du côté des démocrates.

Quand on pense que même le Texas donne Trump et Biden à peu près au coude à coude, c’est signe que ça ne va vraiment pas bien pour le président.

Mais comme si ce n’était pas assez, la majorité républicaine au Sénat, pourtant confortable, montre des signes d’effritement.

Actuellement, le Sénat compte 53 républicains, 45 démocrates et deux indépendants qui votent habituellement avec les démocrates. À 53-47, il faudrait un gain net de quatre sièges pour les démocrates. Trois suffiraient dans l’éventualité où Joe Biden est élu président. Sa vice-présidente – puisqu’il a déjà indiqué que ce serait une colistière sur le ticket démocrate – agirait d’office comme présidente du Sénat et disposerait du vote qui pourrait trancher en cas d’égalité.

Trente-trois des cent sièges du Sénat font l’objet d’une élection qui sera simultanée à l’élection présidentielle du 3 novembre. À cela s’ajoutent deux élections spéciales, en Arizona et en Georgie, pour combler des sièges laissés vacants en cours de mandat. Au total, douze sièges en jeu sont détenus par des démocrates alors que 23 sont détenus par des républicains.

Sur ces 23 sièges républicains, une demi-douzaine semblent en sérieux danger. Les renversements de sénateurs ne sont pas monnaie courante, mais plusieurs semblent de plus en plus probables cet automne. Les républicains devraient être en mesure de ravir le siège du démocrate Doug Jones en Alabama, dont l’élection lors d’une partielle relevait presque de l’accident de parcours. Mais les gains potentiels semblent plus nombreux pour les démocrates. Il en faudrait donc quatre, vu la situation en Alabama.

Le revirement le plus spectaculaire pourrait survenir non loin de chez nous, dans le Maine. La sénatrice Susan Collins, élue pour la première fois en 1996, tire de l’arrière face à la démocrate Sara Gideon. Dans cet État, Joe Biden jouit d’une avance de dix points face à Donald Trump, ce qui pourrait se répercuter sur l’humeur des électeurs qui devront aussi cocher pour choisir une sénatrice. Susan Collins a beaucoup fait parler d’elle au cours des dernières années, notamment dans le processus de nomination du juge Brett Kavanagh à la Cour suprême. Elle s’était aussi opposée à la nomination de Betsy DeVos comme secrétaire à l’Éducation. En 2016, elle avait affirmé qu’elle ne voterait pas pour Donald Trump. Un mouvement né sur les réseaux sociaux visait à amasser des fonds pour l’éventuelle adversaire de Mme Collins, ce qui en disait déjà long sur le désenchantement des électeurs du Maine et la volonté de ceux d’ailleurs au pays d’encourager un changement de couleur au Sénat.

Parmi les autres républicains en danger, on retrouve Martha McSally en Arizona. Elle avait perdu l’élection de novembre 2018 face à la démocrate Kyrsten Sinema mais avait été désignée sénatrice quelques semaines plus tard par le gouverneur de l’Arizona pour remplacer John McCain, décédé en août. Elle affronte cette fois l’ex-astronaute Mark Kelly, époux de l’ex-représentante Gabrielle Giffords, gravement blessée lors de la tuerie de Tucson en 2011. Tous les sondages donnent Kelly gagnant.

Dans le Colorado voisin, le républicain Cory Gardner est en difficulté face à l’ancien gouverneur démocrate de l’État, John Hickenlooper. Un récent sondage donne au candidat démocrate 11 points d’avance. Un peu plus au nord, un autre ex-gouverneur démocrate pourrait ravir un siège de sénateur détenu par un républicain. Steve Bullock est en avance dans plusieurs sondages récents face au sénateur sortant, Steve Daines.

D’autres États pourraient réserver des surprises. En Caroline du Nord, le démocrate Cal Cunningham est en avance dans les sondages face au républicain Thom Tillis. Même retard dans les sondages pour la républicaine Jodi Ernst en Iowa face à la démocrate Theresa Greenfield. Et des luttes serrées pour des sièges de sénateurs pourraient survenir aussi en Géorgie, en Alaska, au Kansas, en Caroline du Sud et même dans le Kentucky, où le leader républicain au Sénat, Mitch McConnell, sénateur depuis 36 ans, doit batailler ferme face à la démocrate Amy McGrath.

Au rythme où vont les choses, les courses sénatoriales risquent d’être encore plus intéressantes à suivre le 3 novembre que l’élection présidentielle elle-même...