La nouvelle carte électorale n'est pas bien accueillie dans la région.

Un travail bâclé

Décidément, les commissaires qui ont travaillé au processus de révision de la carte électorale ont plus d'un lapin dans leur chapeau. Ils n'en finissent plus de nous surprendre avec des propositions saugrenues, qui démontrent une méconnaissance crasse de la région, de ses communautés d'affinités et de son territoire.
On croyait avoir tout vu avec le rattachement proposé du secteur Shawinigan-Sud à la circonscription de Maskinongé, comme on l'avait sérieusement envisagé dans le rapport préliminaire. Mais non. Cette fois, on veut rattacher Notre-Dame-du-Mont-Carmel et le secteur Saint-Louis-de-France à la très urbaine circonscription de Trois-Rivières.
La ministre Julie Boulet a indiqué qu'elle avait l'intention de demander une suspension du processus de révision de la carte électorale. Elle a bien raison, même s'il est minuit moins une.
La proposition dévoilée cette semaine constitue le second rapport de la Commission de la représentation électorale. Dans un délai de cinq jours suivant ce dépôt, le rapport fait l'objet d'un débat limité à cinq heures, qui doit se tenir à l'Assemblée nationale.
Le processus prévoit ensuite que l'établissement définitif des limites des circonscriptions par la Commission de la représentation électorale doit avoir lieu au plus tard le dixième jour suivant le débat à l'Assemblée nationale.
Ça laisse peu de marge pour procéder à une nouvelle consultation des élus et de la population.
Là-dessus, ceux qui ont déploré ne pas avoir été consultés ont à moitié raison. La Commission de la représentation électorale était venue à Shawinigan le 21 mai 2015. Neuf intervenants s'y étaient fait entendre.
Mais quand l'organisme chargé de redécouper la carte arrive avec un second rapport qui diffère considérablement du premier, on devrait s'attendre à un minimum de consultation.
Il n'est pas normal, par exemple, que le maire de Saint-Tite ait appris par Le Nouvelliste que sa ville allait se retrouver dans Champlain plutôt que dans Laviolette ou Laviolette-Saint-Maurice.
Chose certaine, s'il y a une constante dans les deux étapes, c'est que la Mauricie devra faire son deuil de l'actuelle circonscription de Saint-Maurice. La population électorale totale de la région ne fait pas le poids pour justifier cinq circonscriptions.
La loi prévoit que le nombre d'électeurs dans chaque circonscription ne doit pas dépasser de plus de 25 % l'écart supérieur ou inférieur par rapport à la moyenne nationale de 48 387 électeurs.
Saint-Maurice compte 36 584 électeurs, ce qui est 24,4 % inférieur à la moyenne, et Laviolette compte 35 748 électeurs, ce qui est au-delà du seuil inférieur, à - 26,1 %. Comme on ne trouve pas, en Mauricie, d'écarts aussi largement supérieurs à la moyenne, l'idée de retirer une circonscription apparaît inévitable. 
Jusque-là, ça va. C'est triste, mais ça va.
On aurait beau invoquer l'étendue du territoire, le nombre de cas d'aide sociale, le taux de pauvreté, le taux de chômage élevé, la population vieillissante, rien n'y ferait. En matière de représentation électorale et de découpage de la carte électorale, c'est le nombre d'électeurs qui compte.
Le problème, c'est lorsque vient le temps de définir le territoire des circonscriptions remodelées. C'est là que le bât blesse. On doit essayer de tenir compte davantage des communautés naturelles ou existantes. Et c'est là qu'une nouvelle consultation pourrait s'avérer utile.
On découvrirait notamment qu'une circonscription englobant Shawinigan, Mékinac et La Tuque respecterait les critères de nombre, d'intégrité du territoire et de respect des entités existantes. Et cela laisserait une circonscription de Champlain - qui comprendrait la MRC des Chenaux et qui inclurait l'est de Trois-Rivières - dont le nombre d'électeurs entrerait aussi dans l'écart autorisé.
Resterait à trouver une frontière pour les deux circonscriptions à l'ouest de la rivière Saint-Maurice - Maskinongé et Trois-Rivières -, dont le nombre total d'électeurs est entre 90 000 et 100 000. Si on divise en deux, on n'est pas loin de la moyenne ciblée de 48 000 électeurs.
On pourrait faire de bien belles trouvailles dans le genre. Si on s'en donnait la peine.