Martin Francoeur

Un tout petit président

ÉDITORIAL / Quand on se compare, on se console. La bataille contre la COVID-19 est loin d’être gagnée, mais chez nos voisins du sud, on assiste non seulement à une explosion du nombre de cas, mais aussi à de spectaculaires volte-face politiques, à un inquiétant risque de pénurie d’équipements de protection et de dépistage et à une relative désorganisation dans les moyens déployés pour freiner la propagation du virus. Le président Donald Trump, visiblement dépassé par les événements, semble incapable de trouver des lieutenants capables de le guider dans la gestion de cette crise.

Jeudi, les États-Unis comptaient plus de 235 000 cas de COVID-19 et un peu plus de 5600 décès attribuables au virus. Des cas étaient rapportés dans tous les États, de même que dans le District de Columbia et les territoires de Puerto Rico, Guam, les Mariannes du Nord et les Îles Vierges américaines.

En dix jours seulement, la COVID-19 s’est hissée au troisième rang des causes de décès aux États-Unis selon une analyse faite par le Center for Disease Control and Prevention sur la propagation du coronavirus. En clair, cela signifie que sur une base quotidienne, la COVID-19 tue davantage que les accidents, les maladies pulmonaires chroniques, les accidents vasculaires cérébraux, l’alzheimer et le diabète. Seuls les crises cardiaques et les cancers font quotidiennement plus de morts aux États-Unis.

On est loin de la simple grippe saisonnière, à laquelle le président a comparé la COVID-19 récemment.

Mais au cours des derniers jours, Donald Trump a complètement changé son discours et son approche face à la pandémie et à ses impacts potentiels aux États-Unis. Mardi, le président déclarait que les deux prochaines semaines pourraient être «l’enfer» et que par la suite le pays allait enfin voir de la lumière au bout du tunnel.

Avant d’en arriver à cette déclaration, cependant, Trump a maintes fois déclaré, au cours des dernières semaines, que tout était sous contrôle et que les États-Unis géraient très bien la crise. Il a souvent banalisé les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, réfuté les avis d’experts et placé l’économie du pays avant la santé de ses habitants.

La gestion sérieuse de la crise est venue bien davantage des gouverneurs des États et de certains maires de grandes villes qui ont pris plus au sérieux les signaux qui s’accumulaient. Ce n’est pas normal, cependant, que des États populeux comme la Floride ou le Texas aient attendu jusqu’au 1er avril avant d’ordonner à leurs citoyens de rester à la maison. Une douzaine d’États l’avaient fait avant ceux-là. Et le président refuse toujours de donner un mot d’ordre national en ce sens.

Le plus étonnant, c’est que depuis le 20 mars, les sondages presque quotidiens sur la perception de la gestion de la crise par le président sont favorables à Donald Trump. Par une mince marge, mais tout de même favorables. Avant cette date, les sondages révélaient plutôt qu’une majorité d’États-Uniens désapprouvaient la façon dont leur président gérait la situation. Dans les cercles politiques, les critiques sont encore nombreuses.

Maintenant qu’il donne une vague impression de gestionnaire de crise, Donald Trump devra peut-être s’expliquer sur le détournement allégué de matériel de protection initialement destiné à d’autres pays. Les informations en ce sens circulent de plus en plus et de toute évidence, les États-Unis sont prêts à payer le gros prix, jusque sur le tarmac de certains aéroports semble-t-il. En situation de crise, nos voisins d’en dessous sont prêts à jouer du coude on dirait.

De telles manœuvres, ajoutées à la gestion ébouriffée de la crise, donnent raison à David Axelrod, ancien conseiller politique de Barack Obama habituellement mesuré dans ses propos, qui disait récemment ceci: «Difficile de ne pas tirer une conclusion effrayante de ce spectacle: nous avons un énorme défi devant nous et un tout petit président».