Un test échoué lamentablement

Tout allait bien au conseil municipal de Trois-Rivières depuis l’élection du 5 novembre dernier. Trop bien, probablement. Le rejet, par une majorité de conseillers, du budget 2018 de la Ville et du programme triennal d’immobilisations, constituait en quelque sorte un test de solidité, d’autorité, d’allégeances. Une démonstration de force aussi maladroite qu’efficace.

Maladroite parce que ce n’est pas vrai que des affectations anodines de certaines sommes à des projets comme le développement du réseau cyclable, le déneigement de certains trottoirs ou la plantation d’arbres en différents endroits doivent faire échouer une adoption de budget. Si on s’en était tenu à défendre un seul grand principe, comme la volonté d’avoir un gel de taxes pour l’année qui vient, peut-être que ç’aurait été crédible. Malheureusement, les conseillers ont pris des voix éparses pour justifier leur opposition au budget et ça fait drôlement cacophonique. Et certaines élues l’ont fait remarquer: rejeter un budget de 263 millions $ pour des bagatelles, ce n’est pas «gérer de façon responsable».

Là où l’intervention des opposants au budget et au PTI trouve une certaine pertinence, c’est dans la volonté de dénoncer des façons de faire inappropriées, des demandes d’informations ou de rencontres qui demeurent sans réponses ou, de façon plus générale, un processus qui est presque déjà bouclé quand vient le temps d’en préparer l’adoption.

Cela fait des lunes que les élections municipales ont lieu en novembre et que les budgets municipaux s’adoptent à la mi-décembre. C’est loin d’être une situation idéale. Mais généralement, les nouveaux élus s’en remettent à l’expérience des fonctionnaires en place et à certaines grandes lignes tracées par les élus qui les ont précédés. 

À Trois-Rivières, toutefois, l’inévitable collision s’est produite.

Difficile de ne pas voir dans le coup de théâtre survenu lundi soir une volonté de tester le maire Yves Lévesque et sa capacité d’agir en rassembleur dans un tel contexte. Le principal intéressé, qui devait savoir que cette insurrection allait survenir un jour ou l’autre, aurait dû s’imposer en médiateur plutôt que d’alimenter la querelle comme il l’a fait dans les minutes qui ont suivi le rejet et aussi dans son interminable chronique à la radio mardi matin.

Le maire, qui avait raison sur certains points – notamment sur la possibilité pour les élus de se pencher sur l’utilisation d’une enveloppe discrétionnaire de 3,2 millions $ en janvier et sur le fait que le budget proposé était globalement un bon budget – est tombé dans le panneau et est redevenu le Yves Lévesque belliqueux et revanchard qu’on avait pu voir à l’époque du Groupe des sept. 

Plutôt que d’adopter un ton posé et d’adopter un discours dans lequel il aurait pu dire qu’il entendait le message que lui lançaient ses collègues, le maire faisait flèche de tout bois: reporter le budget coûtera une fortune, l’ex-conseiller Jean-François Aubin tirerait encore des ficelles en arrière-scène, des conseillers agissent en catimini, les mécontents auraient dû se manifester avant, des anciens élus tenteraient d’influencer le conseil actuel, le budget discrétionnaire des conseillers peut faire la job, refus de participer à une prochaine rencontre... Tout. On a tout entendu. Sauf des paroles d’un maire qui aurait dû s’imposer en arbitre, en facilitateur, en conciliateur.

En ce sens, le maire Lévesque, qui apprend à la dure qu’il ne pourra pas gérer de la même façon qu’au cours des seize dernières années, a échoué ce test – volontaire ou non – qui aurait permis de voir sa capacité de gérer un conseil divisé.

En fait, le problème est peut-être davantage en amont du maire, qui n’a fait que tomber dans le piège qui s’est naturellement tendu devant lui. Normalement, c’est le chef de cabinet qui doit, dans une situation d’embrouille comme celle qui se présentait, jouer les pompiers et éteindre le feu avant que celui-ci éclate dans la face du maire. 

Un voyant lumineux clignotait avec insistance au cabinet du maire mais personne ne semble l’avoir remarqué.

L’épisode de lundi vient en quelque sorte briser une harmonie à laquelle personne n’osait croire sincèrement.