Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Un souffle nouveau pour le parc industriel de Bécancour?

ÉDITORIAL / L’annonce de l’implantation de l’entreprise Nouveau Monde Graphite marque-t-elle le début d’une nouvelle ère dans le développement du parc industriel et portuaire de Bécancour? 

Chose certaine, elle tombe à point. Non seulement les nouveaux arrivants se font rares dans le parc ces dernières décennies mais on a aussi eu droit à un lot de déceptions de projets annoncés qui n’ont jamais vu le jour. Et ce qu’il y a de plus réjouissant encore, c’est que l’entreprise œuvre dans le secteur des technologies vertes, un écosystème industriel en pleine effervescence dans la région.

Nouveau Monde Graphite avait déjà dévoilé son intérêt pour le parc industriel de Bécancour. Mais mardi, elle a confirmé la conclusion d’une entente avec Olin Corporation pour la location d’un espace à l’intérieur de ses installations, avant de construire sa propre usine commerciale en 2022, ce qui représente des investissements totalisant 350 millions de dollars. La compagnie se spécialise dans la purification thermochimique du graphite pour alimenter les producteurs de batteries lithium-ion.

En gros, l’entreprise utilise du graphite extrait à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière, pour lui faire subir une deuxième transformation dans deux fournaises qu’on veut aménager à Bécancour. Une fois purifié, ce matériau peut entrer dans la composition de batteries lithium-ion et de piles à combustible. Nouveau Monde Graphite investira dans un premier temps une quinzaine de millions de dollars pour tester son procédé et éventuellement générer des revenus de la vente de graphite raffiné. Si cette étape, prévue pour 2021, est concluante, l’entreprise construira une usine commerciale d’une capacité de 40 000 tonnes sur des terrains voisins de ceux de l’usine d’Olin.

Le développement de composantes reliées au transport électrique est un secteur économique souvent vanté par le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon. Il l’a réitéré à plusieurs reprises, notamment lorsqu’il a commenté les hauts et les bas de Nemaska Lithium. Curieusement, le Groupe Pallinghurst, qui fait partie des repreneurs de Nemaska, est aussi un des bailleurs de fonds de Nouveau Monde Graphite, tout comme le gouvernement du Québec, par le biais d’Investissement Québec. L’entreprise, qui a reçu un total de 7,6 millions de dollars d’aide financière non remboursable des gouvernements du Canada et du Québec, cadre parfaitement dans le champ d’expertise que souhaite développer le Québec en matière d’approvisionnement en pièces et composantes de véhicules électriques.

En attendant de pouvoir démarrer ses activités à Bécancour, l’entreprise devra répondre aux exigences additionnelles demandées par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) afin d’obtenir le feu vert du gouvernement pour commencer l’extraction à grande échelle du graphite à la mine de Saint-Michel-des-Saints. Le projet d’exploitation minière à cet endroit a fait face à un vent d’opposition de certains résidents dont la propriété se trouve autour du lac Taureau, un joyau dont on veut assurer la protection. Le Municipalité de Saint-Michel-des-Saints s’était montrée favorable au développement des activités de Nouveau Monde Graphite, surtout que celles-ci seraient assorties de redevances pouvant aller jusqu’à 2 millions $ par année pour la municipalité, au plus fort de l’exploitation de la mine.

Dans son rapport publié en juin dernier, le BAPE a conclu que si la mine de graphite à ciel ouvert à cet endroit se traduirait par une intéressante diversification économique pour la région de la Matawinie, il subsiste quand même des enjeux de conciliation des usages du territoire et d’acceptabilité sociale encore importants. L’organisme recommandait aussi au promoteur de réaliser pas moins de huit études supplémentaires pour le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, qui en tiendra compte pour l’émission du certificat d’autorisation. Ces études portent notamment sur la gestion des rejets miniers, le plan de réaménagement, l’accès au site ainsi que les effets du projet sur la santé et la qualité de vie du milieu.

Une fois de plus, on se retrouve dans une situation où il devient nécessaire de trouver un juste équilibre entre les intérêts économiques et la protection de l’environnement et de la qualité de vie des résidents. Jusqu’à maintenant, selon les dires du maire de Saint-Michel-des-Saints, Nouveau Monde Graphite a toujours démontré une sensibilité et une préoccupation pour une exploitation minière respectueuse de l’environnement et de la population. L’opposition, selon lui, viendrait davantage des villégiateurs et des résidents saisonniers de cette municipalité, située au cœur d’une région dont l’économie principale se déploie autour du tourisme et de la villégiature.

Avec l’annonce faite mardi concernant l’implantation à Bécancour de l’usine de purification du graphite, les dirigeants de Nouveau Monde Graphite veulent certainement démontrer le sérieux de leur projet. L’optimisme semble être de mise compte tenu des autorisations toujours en attente.

Il serait certainement décevant de voir apparaître du sable dans l’engrenage au cours des prochaines semaines. Le parc industriel de Bécancour a vu trop de projets être abandonnés ces derniers temps et ce serait un dur coup de ne pas voir le projet de Nouveau Monde Graphite aller de l’avant. D’abord parce que les activités de cette entreprise s’harmonisent parfaitement avec celles d’un fournisseur de choix, Olin, déjà bien implanté dans le parc, mais aussi parce que le projet pave la voie au développement de la filière des composantes pour véhicules électriques. Un positionnement stratégique de la région en ce domaine doit être fait rapidement et dans le respect des considérations environnementales, ce que les dirigeants de Nouveau Monde semblent disposés à réaliser.

La filière des technologies vertes compte déjà une trentaine d’entreprises en Mauricie et dans Nicolet-Bécancour, en plus de cinq centres de recherche ou de transfert technologique. Il y a là une opportunité à saisir.