La victoire du candidat démocrate Doug Jones au poste de sénateur de l’Alabama est un véritable tremblement de terre dans le merveilleux monde de la politique américaine.

Un signal pour la mi-mandat

La victoire du candidat démocrate Doug Jones au poste de sénateur de l’Alabama est un véritable tremblement de terre dans le merveilleux monde de la politique américaine. Non seulement Doug Jones a-t-il décroché un siège sénatorial dans un château fort républicain, il vient surtout envoyer un signal particulièrement alarmant en prévision des élections de mi-mandat, qui auront lieu en novembre 2018.

La course au siège de sénateur laissé vacant par Jeff Sessions lorsqu’il a été confirmé comme procureur général des États-Unis, était très serrée. D’un côté, le candidat de Donald Trump était un républicain ultraconservateur et ultracontroversé. Des femmes accusaient Roy Moore de les avoir agressées sexuellement alors qu’elles étaient mineures, il y a quelques dizaines d’années. Malgré ces déclarations troublantes, le candidat avait toujours l’appui du président ce qui, finalement, n’a peut-être rien d’étonnant.

Du côté démocrate, on avait l’habitude d’envoyer un candidat comme figurant dans les élections sénatoriales dans cet État de la Bible Belt. Au cours des vingt-cinq dernières années, le duo de sénateurs de l’Alabama a toujours été rouge républicain. Rouge foncé, pourrait-on dire. Parce qu’en plus des sénateurs républicains qui y sont élus et réélus systématiquement, six des sept représentants au Congrès sont aussi des républicains. Et la population de l’État vote pour le ticket républicain à la présidence depuis 1980, souvent dans une proportion de plus de 60 %. C’était le cas pour Trump et son colistier Mike Pence en 2016 (62,1 %), pour le tandem Mitt Romney–Paul Ryan en 2012 (60,5 %) et pour le duo John McCain – Sarah Palin (60,3 %) en 2008.

Bref, pour les démocrates, les chances de gagner un siège sénatorial en Alabama étaient minces.

Mais on avait un candidat solide. Doug Jones est connu pour avoir fait condamner deux membres du Ku Klux Klan, auteurs de l’attentat contre une église de Birmingham qui avait causé la mort de quatre fillettes afro-américaines dans les années 1960. C’est aussi un candidat en faveur du droit à l’avortement et du mariage de personnes de même sexe.

Mardi, Doug Jones a coiffé son rival républicain par un peu plus de 20 000 voix au terme d’une soirée électorale des plus enlevantes. L’avance de Roy Moore s’effritait à mesure qu’arrivaient les résultats des zones plus urbaines de l’État, généralement plus favorables aux démocrates. Au final, Doug Jones obtenait 49,9 % des voix contre 48,4 % pour Moore. Tout un uppercut pour Donald Trump, qui multipliait mercredi, notamment sur Twitter, les tentatives de minimisation de la victoire démocrate. Un knock-out aussi pour Steve Bannon, qui tentait de faire la démonstration qu’un populiste ultraconservateur peut déloger l’establishment républicain.

Dans les faits, ce gain démocrate resserre encore plus l’écart entre les deux partis au sénat. Les républicains sont majoritaires, mais avec 51 sièges, contre 49 pour les démocrates.

On pourrait croire que la victoire de Doug Jones vient semer un vent de panique à plus long terme dans le camp républicain. Ce n’est pas faux. Les élections de mi-mandat, une grosse soirée électorale au cours de laquelle les électeurs états-uniens élisent le tiers des sénateurs et la totalité des 435 membres de la Chambre des représentants. Le mécontentement exprimé en Alabama pourrait bien être un échantillon de celui qu’on peut observer dans l’ensemble du pays, ce qui ouvre la porte à l’hypothèse selon laquelle les républicains pourraient perdre le contrôle des deux chambres, contrôle qu’ils détiennent actuellement par de faibles majorités.

Mais il se trouvait aussi des républicains pour se réjouir de la victoire démocrate. Ce sont ceux qui craignaient que la mainmise de Donald Trump et de Steve Bannon dans le choix des candidats commence à sonner le glas de l’establishment républicain. 

Ou ceux qui craignaient de devoir siéger avec un prédateur sexuel.