L'école secondaire Val-Mauricie.

Un signal clair

La Sûreté du Québec a procédé à l'arrestation de trois adolescents qui auraient encouragé l'auteur présumé d'une agression survenue le 11 avril dernier sur les terrains de l'école secondaire Val-Mauricie. On ne sait pas encore si les procureurs saisis du dossier iront de l'avant avec le dépôt d'accusations, mais à elle seule, l'arrestation de ces jeunes individus envoie un signal clair: on peut être complice d'une agression simplement par le fait de l'encourager.
Cette nouvelle devrait être largement diffusée dans les écoles secondaires. Tout comme les images dures et poignantes de l'agression, filmée par un élève. Il est déjà ridicule d'avoir filmé cette agression plutôt que d'avoir porté assistance à la victime. Mais si les images doivent servir à quelque chose, ça doit être pour démontrer l'inaction de dizaines d'autres élèves qui sont témoins de cette violente altercation et qui ne font absolument rien.
Le Code criminel ne punit pas le fait d'être un témoin passif d'un acte criminel comme cette agression dans un lieu public. Mais il contient des dispositions concernant le fait d'encourager un individu qui commet une telle infraction. C'est à l'article 21. «Est partie à une infraction quiconque a) la commet réellement, b) accomplit ou omet d'accomplir quelque chose en vue d'aider quelqu'un à la commettre, c) encourage quelqu'un à la commettre». 
Dans la vidéo de l'agression, largement diffusée par les réseaux sociaux et par les médias d'information, on entendait clairement des élèves encourager le suspect à frapper sa victime. La police a pu les retracer. Reste à voir si on ira de l'avant avec des accusations. Cela enverrait un signal encore plus fort pour décourager des adolescents d'agir ainsi.
Normalement, la bonne éducation et les règles élémentaires de civisme devraient empêcher que surviennent de tels événements. Mais puisque ce n'est pas le cas ici, espérons que la voie judiciaire pourra suppléer ces lacunes. 
Espérons surtout que des écoles ou des commissions scolaires utiliseront cet exemple et fourniront aux élèves et aux parents d'élèves des informations concrètes sur le code de conduite et les implications criminelles de certains actes ou de certaines paroles.
Déjà, certaines institutions des régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches produisent un tel document, où on explique les droits, responsabilités et dispositions légales en matière de menaces, d'agressions physiques ou sexuelles, de légitime défense, d'intimidation, de méfait, de vol ou d'extorsion, entre autres. On mentionne aussi l'existence de l'article 21 du Code criminel. Maintenant qu'on aurait un exemple concret, cela aurait certainement plus d'impact. 
Souvent, c'est le manque de connaissance ou de conscience des conséquences que peuvent avoir des actions ou des paroles qui entraînent de telles situations. C'est un peu le même phénomène qui se produit dans l'univers des médias sociaux, où la distinction entre des commentaires désobligeants et ce qui peut constituer une menace ou de l'intimidation au sens criminel ne semble pas toujours évidente à faire. Là aussi des exemples pourraient être utiles. Et pas seulement à des élèves d'une école secondaire. 
Enfin, il y a un autre aspect de ce document explicatif qui mériterait d'être connu de tous et c'est celui concernant le droit au secours, consacré par la Charte des droits et libertés de la personne. Même si un tel droit n'entraîne généralement que des obligations morales, il serait utile de le rappeler aux élèves, en particulier à ceux qui ont assisté béatement à l'agression et à tous ceux qui ferment les yeux sur d'autres événements semblables.