Un risque d’embrouille

Pour un lapin sorti d’un chapeau, c’en est tout un. Le premier ministre Philippe Couillard, dans son discours de clôture du congrès des membres du Parti libéral du Québec, dimanche, a relancé l’idée d’un monorail pour assurer une liaison à grande vitesse entre la capitale et la métropole. C’est une belle idée, mais qui a certainement l’inconvénient de créer de l’interférence avec le projet de train à grande fréquence que Via Rail souhaite mettre en place sur la rive nord.

Au cours des dernières années, les espoirs les plus réalistes ont été relancés, dans la région, concernant un service ferroviaire à grande fréquence sur la rive nord. Le président et chef de la direction de Via Rail, Yves Desjardins-Siciliano, est venu à quelques reprises pour faire la promotion de ce projet devant des élus et des gens d’affaires déjà convaincus.

Tout semblait donc clair dans la tête de pas mal tout le monde: le retour du train à Trois-Rivières n’était plus qu’une question de quelques années. Et d’un peu de volonté politique.

Mais voilà que le premier ministre, peut-être en manque d’un grand projet mobilisateur à l’approche des élections provinciales, ressort l’idée du monorail. Le projet est très intéressant et il mettrait à profit le savoir-faire québécois.

Mais pour Trois-Rivières et la Mauricie, c’est une mauvaise nouvelle pour deux raisons: d’abord parce que le trajet prévu pour le monorail passe sur la rive sud, entre les deux voies de l’autoroute 20, ensuite parce qu’on voit mal comment les gouvernements pourraient se lancer dans le financement de deux projets d’infrastructure aussi majeurs sur le plan du transport interurbain.

Il y a un autre irritant à cette soudaine volonté du premier ministre: le facteur temps. Alors que le projet de train à grande fréquence pourrait se concrétiser d’ici cinq ans, un projet de monorail ne verrait sérieusement le jour que dans une dizaine, voire une quinzaine d’années. La technologie, bien qu’emballante, doit être développée et testée, avec prototype et banc d’essai. Seulement pour cette phase d’essai – sur un tronçon de cinq kilomètres –, on aurait besoin d’au moins 200 millions $.

La Coop MGV, qui concentre ses efforts à promouvoir et à réaliser la construction d’un réseau de monorail à grande vitesse, prévoit déjà relier à la ligne principale des villes situées en dehors du corridor Québec-Montréal. Sherbrooke et Trois-Rivières sont parmi celles-ci, mais on peut penser que ce n’est pas pour demain ni pour après-demain. Un «réseau» de monorail ne se déploierait pas d’un seul coup et si le projet finit par aller de l’avant, on voudra sûrement attendre de voir la viabilité et de procéder aux ajustements techniques nécessaires sur le corridor principal avant de développer des lignes connectrices.

Ça fait des années que les intervenants politiques et économiques de la région unissent leurs efforts pour que Trois-Rivières, la Mauricie et la portion nord du Centre-du-Québec soient adéquatement desservis sur le plan du transport ferroviaire. C’est rare que tout le monde parle d’une même voix. Et il serait inacceptable de voir le gouvernement libéral compromettre le projet que ces personnes défendent et qui obtient déjà un large consensus. 

Le train à grande fréquence répond déjà au besoin de créer un lien efficace entre la métropole et la capitale. Sa concrétisation est beaucoup plus réaliste à court terme. Le gouvernement fédéral a déjà manifesté des signes d’appui pour que Via Rail puisse aller de l’avant. 

Le maire Yves Lévesque a raison de hausser le ton et de dire que la ville et la région ont assez attendu et qu’il y a sur la table une solution viable, intelligente et réalisable pour favoriser le transport interurbain durable. C’est en ce sens que les voix doivent maintenant s’élever. 

Et on a très hâte de voir ce qu’en pensent les élus libéraux de la région.