Quand on connaît Robert Trudel, on se doute bien que c'était un risque bien calculé.

Un risque bien calculé

Robert Trudel était tout sourire, mardi. Avec raison. Après plusieurs mois d’attente, il a finalement obtenu l’aide gouvernementale qu’il souhaitait pour que le spectacle Nezha, du Cirque Éloize, puisse être présenté dès cet été à la Cité de l’énergie. Un beau cadeau de 865 000 $ sur un investissement global d’un peu plus de 2 millions $, ça se prend bien. Et ça suscite certainement une envie bien justifiée à quarante kilomètres au sud.

L’aide financière de Québec, qui se décortique en différents montants selon différents programmes, vient certainement soulager le grand patron de la Cité de l’énergie qui avait déjà donné le feu vert aux équipes de conception et de création de Nezha. Même si on avait pris soin d’inclure des mécanismes de protection dans l’entente avec le Cirque Éloize, il n’en demeure pas moins qu’il s’agissait là d’un risque considérable.

Mais quand on connaît Robert Trudel, on se doute bien que c’était un risque bien calculé.

Sans doute avait-il reçu, de façon informelle, des réponses qui pouvaient ressembler à des confirmations. En bon Shawiniganais, il connaît bien la ministre du Tourisme, Julie Boulet. Et celle-ci ne pouvait pas faire autrement que de donner une réponse favorable et, surtout, de procéder à l’annonce elle-même, dans cette Cité de l’énergie qui se trouve en plein dans la circonscription où elle sollicitera un nouveau mandat.

Il faut certainement se réjouir que la Cité de l’énergie ait obtenu cette aide financière. Comme on l’a déjà écrit dans ces pages, la présentation de deux spectacles majeurs de cirque dans la région constitue certainement un atout sur le plan touristique.

Mais les subventions accordées peuvent aussi laisser perplexe ou soulever certaines questions.

Sur les 865 000 $ que recevra la Cité de l’énergie, 435 600 $ proviennent du Programme de soutien aux stratégies de développement touristique. À cela s’ajoute une aide de 80 000 $ dans le cadre de l’Entente de partenariat régional en tourisme. Le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire verse 100 000 $ via le Fonds d’appui au rayonnement des régions. Jusqu’ici, tout va bien.

Mais la Cité de l’énergie recevra aussi un quart de million de dollars par l’entremise du Fonds de diversification économique du Centre-du-Québec et de la Mauricie. Ça, c’est le fonds mis en place quand le gouvernement de Pauline Marois a annoncé la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2.

On s’étonne toujours de voir acceptés dans le cadre de ce programme des projets de nature touristique. La tour d’observation au quai de Sainte-Angèle était un exemple des plus frappants. Le problème, c’est que la définition du Fonds, de ses objectifs, de ses critères est un ramassis de contradictions. Comme si on voulait étirer les élastiques pour faire plaisir à tout le monde.

Le programme associé au Fonds de diversification a pour objectifs de favoriser le démarrage et le développement de projets d’entreprises, et de développer de nouvelles industries tournées vers l’avenir. On voit mal le lien avec un spectacle de cirque. Il faut se tourner vers les «secteurs d’activité admissibles» à une aide provenant du Fonds pour trouver la porte d’entrée sur une subvention. La Cité de l’énergie est une entreprise touristique et se trouve bel et bien dans un secteur d’activité admissible. Mais est-on vraiment dans la poursuite des objectifs du Fonds? On peut en douter.

Quoi qu’il en soit, l’aide apportée à la Cité de l’énergie donnera certainement des munitions à la Corporation des événements de Trois-Rivières, qui est parfaitement légitimée de réclamer de l’aide pour la conception et la création du spectacle de cirque qui est présenté à l’Amphithéâtre Cogeco. D’autant plus que selon la ministre, «la pertinence touristique des deux spectacles est bien clairement établie».

Que la Corporation ne soit pas considérée comme un «simple attrait touristique» en soi, c’est jouer sur les mots. Québec a intérêt à trouver d’autres programmes pour apporter une aide semblable.