En 2013, trois des six aspirants à la mairie étaient des femmes. Sylvie Tardif à droite sur la photo, Catherine Dufresne et Marcelle Girard (à gauche sur la photo) avaient respectivement terminé deuxième, troisième et quatrième derrière Yves Lévesque.

Un rendez-vous manqué

EDITORIAL / La présente course à la mairie de Trois-Rivières aurait été une belle occasion de voir émerger au moins une candidature féminine. Malheureusement, à moins d’une surprise d’ici la fin de la période de mise en candidature, il s’agira d’un rendez-vous manqué.

Une telle observation n’enlève rien à la qualité des trois candidats qui ont, jusqu’à maintenant, annoncé ou officialisé leur candidature. Mais en cette période où le discours entourant la parité et la représentativité prend enfin une place importante dans le débat public et dans la sphère politique, il aurait certes été intéressant d’avoir au moins une candidature féminine.

Trois-Rivières, contrairement à des villes comme Longueuil, Québec, Saguenay, Drummondville, Shawinigan, Repentigny et Montréal, n’a toujours pas élu de femme à sa tête. Bien sûr il y a eu des percées significatives au sein du conseil municipal – notamment cet épisode de parité au sein du conseil de 2009 à 2013 –, mais pas de mairesse élue.

Il y a aussi eu des tentatives qui ne sont pas passées inaperçues. En 2013, par exemple, trois des six aspirants à la mairie étaient des femmes. Sylvie Tardif, Catherine Dufresne et Marcelle Girard avaient respectivement terminé deuxième, troisième et quatrième derrière Yves Lévesque.

Mais lors de la dernière élection générale, les trois candidats à la mairie étaient des hommes. Et le scénario semble se répéter pour l’élection complémentaire du 5 mai. Les femmes dont le nom avait circulé comme possibles candidates ont toutes renoncé à se lancer.

Pourtant, les Trifluviens ont démontré qu’ils n’hésitaient pas à voter pour des femmes. Non seulement élisent-ils des conseillères municipales de façon significative, mais ils ont aussi élu des députées fédérales – Paule Brunelle, Ruth Ellen Brosseau – et provinciales – Noëlla Champagne, Francine Gaudet, Danielle St-Amand et Sonia LeBel.

Le phénomène est toutefois relativement récent et il laisse entrevoir des jours meilleurs pour la représentation féminine en politique.

Sur le plan municipal, près des trois quarts des femmes qui, dans la région, briguaient les suffrages à un poste de mairesse ou de conseillère municipale pour les élections de 2017, ont remporté leur pari. Au total, pour la Mauricie et le Centre-du-Québec, on se retrouve ces années-ci avec une proportion de tout près de 30 % d’élues municipales. On est loin de certaines régions de Suède ou de Norvège où cette proportion frôle les 50 %.

Il faut tout de même saluer de telles progressions, même s’il y a encore du chemin à faire pour que les femmes se sentent davantage interpellées et qu’elles prennent la place qui leur revient. Une plus grande présence des femmes au sein des instances permet une meilleure prise en compte des réalités et des besoins diversifiés de la population.

Pourquoi encore insister sur la nécessité de voir plus de femmes en politique? Parce qu’au-delà de la représentation plus fidèle au portrait démographique du Québec et de ses communautés, il y a une différence entre l’approche féminine en politique et la façon de faire de leurs collègues masculins. Plusieurs élues ont souvent évoqué le fait qu’elles avaient l’impression de faire de la politique différemment, avec plus de sensibilité, plus de respect, plus d’humanité et en étant davantage portées sur la concertation plutôt que sur la confrontation. Elles ont un penchant pour le consensus, le bien-être collectif et ont l’intégrité en haute estime. On peut penser aux récents exemples que sont Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott au fédéral...

Les fédérations de municipalités multiplient les efforts pour surmonter les obstacles qui empêchent encore aujourd’hui beaucoup trop de femmes à se lancer en politique municipale. Les initiatives sont nombreuses et elles commencent à porter des fruits.

La présence des femmes en politique, notamment en politique municipale, peut certainement aider à atténuer le cynisme envers les institutions et envers ceux et celles qui y accèdent.