Un programme plus que pertinent

ÉDITORIAL / En cette époque où se répandent les fausses nouvelles, où les réseaux sociaux constituent la principale courroie de transmission des informations pour une majorité de jeunes et où l’intérêt pour l’actualité en général est en baisse dans cette tranche de population, on peut qualifier de réjouissante cette initiative mise en place à l’école secondaire Les Seigneuries de Saint-Pierre-les-Becquets.

L’école s’est associée avec un organisme sans but lucratif, le Réseau écoles médias, pour créer une équipe médias et donner le goût du journalisme aux élèves. Par le biais de ce projet, une vingtaine d’élèves vont développer des contenus médiatiques à l’école en assurant la couverture de certains événements. Ils vont écrire des articles, prendre des photos et réaliser des reportages. Pour ce faire, ils auront appris les rudiments du journalisme, de la collecte d’informations, de la vérification des faits. Déjà ça, ça fera d’eux de meilleurs citoyens, capables de différencier le vrai du faux, le nécessaire du sensationnel.

Le PDG du Réseau écoles médias, Stéphane Lévesque, disait plus tôt cette semaine que les médias, dans les écoles, constituent un magnifique outil pour atteindre toutes les compétences transversales que l’on connaît. Le journalisme, ce n’est surtout pas que du français. On veut donner aux élèves participant à ce projet la curiosité, la soif de savoir ce qui se passe dans leur milieu.

C’est de la musique aux oreilles de quiconque s’intéresse au monde des médias ou y œuvre.

L’école secondaire Les Seigneuries, située en milieu rural, pourrait bien devenir un modèle en la matière. Si le projet fonctionne bien, on pourrait y voir naître une concentration médias, dans laquelle les cours de journalisme et d’éducation aux médias seraient intégrés au cursus scolaire. Pourquoi pas? Il y a bien des sports-études, des concentrations de musique ou de langues, des programmes d’éducation internationale et tant d’autres bébelles pour séduire les élèves ou pour donner une identité particulière à une école.

Ce n’est pas la première initiative favorisant une meilleure connaissance du monde des médias qui voit le jour aux Seigneuries. L’année dernière, deux stagiaires finissants en enseignement au secondaire ont réalisé, avec les élèves de quatrième secondaire de l’école, un projet multidisciplinaire visant à sensibiliser les élèves à divers sujets entourant la justice. Dans le cadre de ce projet, ils devaient écrire une lettre d’opinion. Les huit meilleurs textes ont été publiés dans nos pages d’Opinions.

Si on mettait la même énergie pour mettre en place un cours d’éducation à la citoyenneté ou d’éducation aux médias qu’on l’a fait pour remettre en place un cours d’éducation économique, pour ramener l’éducation à la sexualité dans le programme scolaire ou pour remplacer les cours de religion par les cours d’éthique et de culture religieuse, on formerait de meilleurs citoyens. Un tel cours permettrait de lutter contre l’analphabétisme médiatique, de distinguer les vraies et les fausses nouvelles, de connaître la différence entre des nouvelles et des chroniques d’opinion.

Ce n’est sans doute pas pour rien que la Fondation pour le journalisme canadien et l’organisme CIVIX, destiné aux jeunes Canadiens, développent actuellement un nouveau programme de littératie médiatique appelé «Actufuté» pour les jeunes de 9 à 19 ans. Ce qui est intéressant, c’est que le programme est financé en grande partie par Google Canada – un de ces géants du web souvent accusés de cannibaliser le contenu des médias traditionnels –, qui y injecte un demi-million de dollars.

Pour ces partenaires du programme Actufuté, il est crucial que les générations d’aujourd’hui et de demain comprennent le rôle du journalisme dans notre démocratie, découvrent comment un travail journalistique de qualité se construit et puissent déterminer la fiabilité des différentes sources d’information.

Pour ce faire, une éducation aux médias est essentielle. Et tant mieux si, à l’école secondaire Les Seigneuries, on l’a compris.