Simon Jolin-Barrette

Un premier gros cafouillage

ÉDITORIAL / Heureusement que l’énoncé économique du ministre des Finances du Québec, Éric Girard, était spectaculairement positif parce que la semaine du gouvernement Legault aurait été catastrophique. Le cafouillage entourant la réforme d’un programme en matière d’immigration constitue le premier épisode où le gouvernement Legault frappe son Waterloo. Un nuage qui vient assombrir la lune de miel qui semblait se prolonger depuis l’élection d’octobre 2018.

Ce n’est certainement pas la volte-face du ministre Jolin-Barrette qui viendra régler ce faux pas qui a fait passer pour sans coeur le gouvernement caquiste. Mais l’ajout d’une clause de droits acquis pour les étudiants et travailleurs étrangers déjà installés au Québec était la moindre des choses à faire dans les circonstances.

Les nouvelles règles du Programme d’expérience québécoise (PEQ) ont pour effet de réduire considérablement le nombre d’étudiants et d’employés qui pourraient être acceptés au Québec, ce qui est certainement fâcheux dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre qui frappe toutes les régions du Québec. La mesure a été décriée, en début de semaine, par des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires qui profitent déjà du Programme d’expérience québécoise.

Les modifications que souhaitait apporter le ministre Jolin-Barrette auraient eu un impact considérable sur plusieurs entreprises qui emploient des travailleurs étrangers, mais aussi sur les établissements d’enseignement qui accueillent des étudiants internationaux. Des intervenants de ces milieux avaient déjà dénoncé les impacts négatifs que cette réforme allait entraîner. Mais le gouvernement est allé de l’avant. Et il lui aura fallu faire un peu de rétropédalage pour apaiser le mécontentement et les perceptions négatives.

Cette hebdomas horribilis du gouvernement de François Legault a aussi été ponctuée de petits dérapages comme cette motion anti-réforme adoptée à l’Assemblée nationale parce que les députés des partis d’opposition étaient plus nombreux que les députés de la CAQ, occupés à participer à une activité de financement dans Jean-Talon. Ou encore ces arguments stupides avancés par François Legault concernant les appuis à la réforme – il disait avoir un fort appui sur sa page Facebook – ou encore la justification aux craintes manifestées par les employeurs – le premier ministre les accuse de vouloir une main-d’œuvre bon marché – ou par les universités – une question d’argent selon M. Legault.

Dans les faits, la réforme de l’immigration ne reçoit aucun appui des milieux académique ou économique. L’impact pourrait être lourd dans des régions comme la Mauricie et le Centre-du-Québec, avec un bassin important d’étudiants étrangers dans les institutions postsecondaires et des travailleurs étrangers dans plusieurs entreprises.

Le grand perdant, dans cette semaine ponctuée d’improvisations, de volte-face et de déclarations douteuses, c’est le ministre Simon Jolin-Barrette. Cette sorte d’homme à tout faire du gouvernement Legault en a peut-être, justement, un peu trop sur les bras. En refusant de rencontrer le groupe d’étudiants et de travailleurs temporaires qui s’étaient présentés à l’Assemblée nationale, il a confirmé qu’il était insensible. Le lendemain, pour justifier son pas en arrière, il a dit être à l’écoute des gens. On ne se trompe pas si on dit que c’est ça parler des deux côtés de la bouche.

S’il demeure titulaire du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette devra modifier sérieusement cette réforme pour la rendre digeste. Le PEQ est loin d’être un programme problématique. Au contraire, il permet de recruter des immigrants bien formés, bien intégrés, parlant français et occupant un emploi. Le ministre et son gouvernement devront montrer un peu plus d’ouverture, de sensibilité, d’humanité. C’est ça la leçon qu’il doit tirer des événements des derniers jours.