Un pied de nez à la Mauricie

ÉDITORIAL / Rien. Nada. Pas une seule ligne. Pas un seul mot sur le projet de train à grande fréquence dans le corridor Québec-Windsor, avec arrêt à Trois-Rivières. C’est une énorme déception.

Cette déception vient probablement du fait qu’il s’agissait du dernier budget de l’actuel gouvernement de Justin Trudeau avant les élections. Déjà, l’an dernier, on semblait faire contre mauvaise fortune bon cœur devant le fait qu’il n’y avait toujours pas d’annonce sérieuse en lien avec le projet sur lequel planche VIA Rail depuis quelques années. On se disait que l’annonce allait survenir juste à temps pour les élections.

Mais c’est plutôt un pied de nez que le gouvernement vient de faire à toute une région qui espère depuis trop longtemps ce projet de liaison ferroviaire. Pied de nez est peut-être, ici, un euphémisme. On aurait très bien pu dire: claque sur la gueule.

Bien sûr, il y a des éléments intéressants dans ce budget présenté par le ministre Bill Morneau. Rien de spectaculaire, mais une série de mesures qui répondent à différentes demandes, notamment de la part des municipalités, des entreprises, des producteurs agricoles et de plusieurs autres groupes d’intérêt.

Le budget n’est certainement pas aussi électoraliste que plusieurs l’imaginaient. Les nouvelles les plus intéressantes sont certainement celles qui touchent les jeunes familles, la classe moyenne et les aînés. Les mesures concernant l’accès à la propriété, celles qui encouragent la formation continue, l’augmentation du montant pouvant être retiré d’un régime enregistré d’épargne retraite ou encore le crédit d’impôt pour l’acquisition d’un véhicule électrique sont certainement des éléments intéressants.

Pour les villes, l’injection de 2,2 milliards $ provenant du Fonds de la taxe sur l’essence est une nouvelle qui était attendue depuis longtemps. Ce n’est pas encore le transfert espéré d’un point de TPS, mais c’est un pas dans la bonne direction. Pour le monde municipal, la possibilité de bénéficier d’une aide financière bonifiée pour la mise aux normes, la réfection ou l’entretien d’infrastructures qui en ont bien besoin est une bouffée d’air frais. Pour le Québec, c’est un demi-million $ d’argent neuf.

Ça se prend. Parce que le budget fédéral est loin de répondre aux attentes qui avaient été exprimées par le premier ministre François Legault la veille. Celui-ci espérait que le ministre fédéral des Finances allait confirmer la participation d’Ottawa dans des grands projets d’infrastructures, comme le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal ou l’aménagement d’un réseau de transport structurant à Québec.

Elle est là la grande contradiction du budget fédéral. La question des transports collectifs et de la mobilité durable occupe une grande place dans le débat public depuis quelques années. Il aurait été intéressant d’envoyer des signaux plus forts de l’appui gouvernemental à des initiatives déjà sur la table. Le train à grande fréquence de VIA Rail, évacué du budget 2019, faisait pourtant partie de ces initiatives porteuses, largement soutenues par des communautés. L’actuel gouvernement devra comprendre, surtout à quelques mois des élections, qu’il a des ponts à rebâtir avec les citoyens qui font déjà des choix plus judicieux en matière de consommation responsable.

Les régions peuvent aussi trouver une mince consolation dans les mesures concernant l’élargissement de la couverture d’Internet haute vitesse partout sur le territoire. À ce chapitre, toutefois, on a l’impression que les gouvernements, aussi bien fédéral que provincial, perpétuent des annonces qui ne semblent pas encore donner les résultats attendus sur le terrain.

En ce qui a trait au projet de train à haute fréquence, il faut souhaiter qu’il ne soit pas mort et enterré. Parce que s’il n’y a pas de signaux rassurants au cours des prochaines semaines, ce sera gênant pour les candidats libéraux de la région.