Un peu de souffle un peu trop tard

ÉDITORIAL / Le gouvernement du Québec a décidé de donner un peu de souffle aux propriétaires de résidences privées pour personnes âgées. Il prolonge jusqu’en 2022 la date limite pour l’installation de gicleurs dans ces résidences, tout en bonifiant la subvention qui est accordée pour ces travaux. C’est assurément une bonne nouvelle pour les propriétaires, mais on ne peut s’empêcher de penser à tous ceux qui sont tombés au combat des dernières années, devant fermer leur résidence parce qu’ils étaient incapables financièrement de répondre aux exigences gouvernementales.

Québec, par la voix de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a donc décidé de repousser de deux ans l’échéance pour l’installation de gicleurs. Cette exigence découle directement des recommandations du coroner à la suite de l’enquête concernant l’incendie d’une résidence pour personnes âgées à L’Isle-Verte, en 2014, qui avait fait 32 morts et 15 blessés.

Déjà on aurait dû se douter que l’imposition d’une telle exigence aux propriétaires de résidences privées pour aînés n’allait pas passer comme une lettre à la poste. Les petites résidences n’ont pas toujours les moyens de procéder à de tels investissements dans leurs infrastructures. La configuration même de certaines de ces résidences ne le permet pas facilement. La question du financement pour une telle dépense était, on s’en doute, une importante source de préoccupations pour beaucoup de propriétaires.

Plusieurs d’entre eux avaient fait des représentations auprès du précédent gouvernement. Mais les libéraux, qui avaient instauré un programme d’aide financière en 2015 pour l’installation de gicleurs, n’ont pas donné suite à ces revendications. Ce programme, de l’ordre de 115,9 millions $, était basé sur une estimation de la facture totale à 252 millions $. Ce montant s’est toutefois révélé largement inférieur au coût réel d’installation. Même avec une bonification du programme en 2018, qui avait fait passer le montant des subventions à 183,3 millions $, ce n’était pas suffisant.

La ministre Blais a fait le constat que le programme était un échec. Seulement 57 résidences au Québec ont obtenu du financement à hauteur de 1,7 million $ de dollars, sur un programme de 183 millions $. Le mot «échec», le moins qu’on puisse dire, est ici un euphémisme.

Comme solution, la ministre fait passer la subvention par unité de logement de 3300 $ à 5000 $. Il est prévu que cette mesure soit rétroactive, si bien que les propriétaires qui ont déjà bénéficié du programme seront admissibles à cette bonification.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas ressusciter celles qui ont dû fermer leurs portes.

Il suffit de faire un petit plongeon dans nos archives des trois ou quatre dernières années pour constater que de nombreuses résidences privées pour aînés ont dû mettre la clé sous la porte. Dans la région comme dans l’ensemble du Québec. Pour la majorité d’entre elles, ce sont justement les exigences trop élevées et donc trop coûteuses en ce qui a trait aux normes à respecter qui ont entraîné la fermeture.

En Mauricie et au Centre-du-Québec, c’est une trentaine de résidences privées pour aînés qui ont dû fermer leurs portes depuis 2016. Ça représente environ 400 places. Bien sûr il y a eu quelques ouvertures d’établissements privés. Huit, pour être plus précis. Mais pour environ 300 places.

Les petites résidences privées pour aînés font déjà face à d’autres défis majeurs qui compromettent parfois leur survie: pénurie de main-d’œuvre, difficulté de rentabiliser les opérations, concurrence féroce de la part de grosses résidences. Leur donner plus de flexibilité et de ressources pour répondre aux normes est une bonne nouvelle, mais il faudra davantage.

À moins qu’on veuille déraciner les aînés de leur village ou leur milieu. À moins qu’on veuille tous les diriger vers les grosses résidences souvent plus coûteuses. Ou attendre qu’ils soient mûrs pour le CHSLD.

Vouloir améliorer la sécurité des aînés est une chose. Mais il aurait fallu tenir compte de la réalité sur le terrain. Aujourd’hui, le gouvernement est pris avec un programme mur à mur qui n’a pas fini de coûter cher.