Un peu d’amour pour la presse écrite

ÉDITORIAL / C’est la Saint-Valentin. La fête de l’amour dont le sens s’est effrité, comme celui d’autres fêtes tout au long de l’année, sous l’effet de la commercialisation à outrance. Mais bon, puisque l’amour est à l’honneur, il apparaît pertinent de souligner cette initiative par laquelle les travailleurs et travailleuses de la presse écrite iront à la rencontre de la population pour expliquer les enjeux de la crise que leur secteur d’activité traverse présentement. Une occasion, en quelque sorte, de témoigner un peu d’amour envers la presse écrite.

Cette activité s’inscrit dans le cadre de la campagne «Presse écrite en danger», orchestrée par la Fédération nationale des communications, la composante de la CSN qui regroupe un bon nombre de travailleurs de l’information. En ce mercredi, des journalistes de partout au Québec seront présents dans différents endroits publics pour sensibiliser la population à la crise et aux conséquences de l’affaiblissement de la presse écrite dans notre système démocratique.

Ça tombe bien. Un jugement rendu lundi vient marquer une avancée importante pour le journalisme d’enquête, la protection des sources et, de façon plus large, pour la liberté de presse. La décision fondée sur la nouvelle loi fédérale sur la protection des sources journalistiques vient en quelque sorte protéger le journalisme d’enquête et garantir une protection accrue pour les lanceurs d’alerte ou pour les sources confidentielles.

Les journalistes initialement assignés pour témoigner dans le cadre du procès pour fraude de Nathalie Normandeau et cinq autres accusés n’auront finalement pas à le faire. Ils n’auront surtout pas à révéler l’identité des sources qui ont permis la réalisation de reportages sur le financement illégal du Parti libéral et sur les dessous des enquêtes policières qui en ont découlé.

La loi fédérale sur la protection des sources a donc passé avec succès le test des tribunaux. C’est un gain important pour la liberté de presse. Mais en même temps qu’on reconnaît le caractère essentiel d’une presse libre, forte et indépendante, on assiste à un combat de cette même presse pour sa propre survie.

La campagne «Presse écrite en danger», particulièrement, met en lumière les difficultés auxquelles font face les médias écrits et qui sont principalement liées à la fuite des revenus publicitaires vers les géants du web comme Facebook ou Google. L’érosion constante des revenus publicitaires depuis une dizaine d’années menace la poursuite des activités de nos quotidiens et hebdomadaires, qu’ils soient indépendants ou liés à de grandes entreprises. Depuis 2009, 43 % des emplois dans l’industrie de la presse écrite au Québec ont été perdus. Au Canada, ce sont 16 500 postes qui ont été supprimés depuis 2008.

Pour que les médias écrits puissent poursuivre leur mission d’information, tant sur les plans social, culturel et politique que sur le plan économique, une aide financière devient nécessaire. Et elle peut prendre différentes formes. Québec a déjà fait un pas en ce sens. Et il semble maintenant y avoir une lueur d’espoir du côté du fédéral, après quelques longues phases d’intransigeance de la part de la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly.

Le défi est grand. Juguler une crise dans le monde des médias n’est pas une mince tâche, surtout lorsqu’il est question d’une aide gouvernementale qui doit respecter les balises de l’indépendance des salles de rédaction. Mais des modèles existent et il suffit d’un peu de volonté politique pour qu’on puisse redonner un peu de souffle à un secteur qui en a bien besoin. Comme bien d’autres secteurs de l’économie en ont eu besoin avant lui.

Maintenant que l’on connaît la date du prochain budget fédéral, il sera intéressant de voir si le gouvernement de Justin Trudeau est disposé à intervenir et de quelle façon il pourra le faire.

Entre-temps, la population peut manifester son «amour» pour la presse écrite en signant la lettre demandant au fédéral d’agir, accessible électroniquement à l’adresse suivante: www.fncom.org/presse-ecrite-peril/