Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur

Un peu d’air pour les aînés

ÉDITORIAL / Il faudra faire un suivi serré pour voir l’impact d’un tel assouplissement sur la propagation de la COVID-19, mais disons que les mesures visant à alléger un peu le confinement des personnes âgées vivant dans des résidences privées ont quelque chose de rassurant. Elles permettront surtout à plusieurs aînés de sortir de leur isolement, insoutenable pour bon nombre d’entre eux.

Le premier ministre François Legault et sa ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, ont procédé mardi à différentes annonces à cet effet. Dans les résidences privées pour aînés (RPA) qui ne sont pas touchées par un ou plusieurs cas confirmés de COVID-19, les résidents pourront sortir de l’établissement pour prendre l’air et faire une promenade sans supervision. Il leur sera aussi permis d’échanger avec un proche, à l’extérieur des murs de l’édifice, si les consignes de distanciation et de protection sont respectées.

Par ailleurs, les proches aidants pourront enfin rendre visite aux personnes qu’ils aident, peu importe le milieu de vie: CHSLD, ressources intermédiaires ou résidence privée pour aînés. Un test de dépistage sera obligatoire pour les proches aidants qui feront une première visite dans un milieu de vie qui n’a pas de personnes atteintes de COVID-19. Cela inclut aussi les visites à des personnes en soins palliatifs, ce qui ramène enfin la possibilité de ne pas laisser des personnes vulnérables mourir seules. Dans un contexte de manque de personnel, il faut voir la visite de proches aidants comme une ressource considérable pour aider les personnes âgées vulnérables.

Sur le fond, les mesures d’allègement qui viennent d’être annoncées constituent certainement un soulagement pour les personnes âgées. Le premier ministre François Legault avait raison de dire qu’il ne trouvait pas humain qu’une personne ne puisse pas voir ses enfants pendant deux mois. « Il ne faut pas protéger la santé physique au détriment de la santé mentale », a-t-il mentionné.

Il est vrai que la santé psychologique des aînés a été mise à rude épreuve depuis la mi-mars. Le poids de la solitude, le fait de vivre dans un espace restreint, l’absence d’activités sociales ou de loisirs, l’impression de subir le jugement ou le mépris au moindre déplacement ne sont que quelques-uns des facteurs pouvant plonger ces personnes dans la tristesse, voire la détresse.


« En choisissant de jeter un peu de lest dans les mesures de confinement, Québec suit le même raisonnement que celui qui a prévalu pour justifier un retour progressif des enfants à l’école, un raisonnement basé essentiellement sur un besoin de socialisation. »
Martin Francoeur

Sur la forme, cependant, l’annonce de ces soupapes s’est faite sur fond de joute politique.

La ministre Marguerite Blais, dont la présence est devenue presque accessoire au cours des dernières semaines, a reconnu que le gouvernement avait enlevé beaucoup de liberté de mouvement aux personnes âgées. Elle a aussi affirmé prendre sa part de responsabilité pour tout ce qui n’a pas été fait afin d’améliorer les conditions de vie dans les CHSLD ou de bonifier les conditions de ceux et celles qui y travaillent.

Maladroitement, elle a fait allusion au fait qu’elle avait les pieds et les poings liés dans le précédent gouvernement. En fait, Mme Blais a été ministre des Aînés dans le gouvernement de Jean Charest, avant d’être reléguée à l’arrière-ban au sein du gouvernement Couillard. Elle affirme qu’elle aurait voulu en faire plus alors qu’elle était ministre libérale, mais qu’il manquait de volonté politique. Mais même comme simple députée, elle n’a pas fait grand bruit pour faire avancer la cause pour laquelle elle s’était pourtant lancée en politique.

La ministre connaît bien le milieu des CHSLD. Elle en a fait une tournée très médiatisée. Mais ses pouvoirs, du moins financiers, sont limités. Et force est de constater que malgré sa performance honnête en matière de relations publiques, son poids politique n’était pas très grand non plus.