Un modèle à propager

La Ville de Shawinigan s’apprête à aller de l’avant avec un projet de budget participatif. Elle deviendrait la deuxième ville de la région, après Nicolet, à poser un geste significatif visant à rapprocher les citoyens de l’appareil décisionnel municipal. C’est une initiative des plus réjouissantes.

Les budgets participatifs citoyens sont très tendance par les temps qui courent, presque trente ans après que la ville de Porto Alegre, au Brésil, eut lancé le concept. Au Québec, des arrondissements de Montréal ont implanté cette initiative. Puis, plus récemment, des villes comme Saint-Basile-le-Grand, Matane, Baie-Saint-Paul, Rimouski, Carignan, Boisbriand et Château-Richer ont fait de même.

À Nicolet, la première expérience a été des plus concluantes avec la réalisation de trois projets – l’aménagement d’un quai au Port Saint-François, la réalisation d’un arbre-fontaine devant le Centre des arts populaires et l’aménagement d’une structure de jeux pour enfants – et le vote de plus de 700 citoyens pour choisir ceux-ci. La Ville avait choisi de consacrer 1 % de son budget annuel, soit un montant de 130 000 $, pour la réalisation d’initiatives proposées par le milieu.

À Shawinigan, le maire Michel Angers a confirmé mardi sa volonté de définir et mettre en place une stratégie de participation citoyenne.

Les premiers exemples de budgets participatifs, même s’ils touchent pour l’instant des projets modestes, reliés à l’environnement, à la culture ou aux loisirs, sont prometteurs. Il ne faut pas s’attarder uniquement à la nature des projets ainsi réalisés, mais au processus lui-même. C’est là que se trouvent les gains les plus importants.

Il est en effet urgent de rapprocher le citoyen des processus décisionnels des municipalités. Lors des dernières élections municipales, il y a presque un an, le taux de participation dans des villes comme Trois-Rivières et Shawinigan était inférieur à 50 %. Permettre aux citoyens de s’exprimer plus fréquemment et d’une façon autre que celle de voter aux quatre ans pour un conseiller et un maire est certainement une piste intéressante pour contrer le désintérêt ou l’indifférence des citoyens face aux institutions et aux élus municipaux.

Les budgets participatifs ont aussi l’avantage d’être soumis au débat populaire, sur la place publique, à l’abri des divers lobbys qui sollicitent constamment les élus et gestionnaires municipaux. Cela peut certainement contribuer à réduire le cynisme de la population envers les institutions politiques.

Enfin, les budgets citoyens s’inscrivent aussi dans une perspective pédagogique parce qu’ils permettent de se familiariser avec l’appareil municipal. Une ville ou une municipalité, ça fonctionne avec des contraintes, des règles, des normes. Les contribuables peuvent ainsi avoir une meilleure idée de ce fonctionnement, ce qui peut bonifier leurs réflexions ou leurs opinions sur le travail de leurs élus.

Ce n’est certainement pas un hasard si l’Union des municipalités du Québec offre des sessions de formation sur les budgets participatifs. On les dit «en plein essor» au Québec, principalement parce qu’il s’agit d’une solution innovante pour rapprocher le citoyen de la décision publique, accroître la transparence des gouvernements municipaux et élargir les modes de participation publique.

Pendant trop longtemps, les élus ne s’intéressaient pas à la participation citoyenne. Aujourd’hui, on commence à prendre conscience de ses bienfaits potentiels. À ce propos, la tenue prochaine d’un référendum en matière d’urbanisme à Trois-Rivières doit être vue comme une bonne nouvelle. On a trop souvent regardé avec horreur la perspective de devoir tenir de telles consultations. Alors que finalement, elles font sentir aux citoyens que leur voix est essentielle.

D’ailleurs, Trois-Rivières devrait elle aussi imiter Nicolet et Shawinigan. Puisque la Ville semble abonnée aux surplus budgétaires, elle pourrait bien consacrer quelques centaines de milliers de dollars à des projets nés de l’initiative de citoyens.

Il suffit, comme on le voit ailleurs, d’un peu de volonté politique.