Un message pour le maire Lemay

ÉDITORIAL / C’est un climat pour le moins néfaste qui règne au conseil municipal de Saint-Barnabé. Le vote de non-confiance pris lundi soir contre le maire Michel Lemay témoigne de ce malaise. Le hic, c’est qu’un tel vote n’a aucune conséquence légale. La seule chose que ça fait, c’est que ça envoie un message au maire, qui est libre de l’interpréter comme bon lui semble.

Quand un maire évoque lui-même la possibilité qu’il ne termine pas son mandat en cours, les élus qui ont présenté cette résolution de non-confiance espéraient sans doute que le résultat puisse alimenter sa réflexion quant à un départ précipité. Mais pour une municipalité de 1200 habitants qui a de la difficulté à boucler un budget en raison, notamment, des coûts de déneigement, la dernière chose que l’on souhaite, c’est de devoir tenir une élection complémentaire à la mairie.

Pousser Michel Lemay vers la sortie n’est donc peut-être pas la meilleure idée, même si le schisme au sein même du conseil rend certainement difficile le climat de travail entre les élus. Saint-Barnabé ne serait pas la première municipalité où une telle situation se produit. Il suffit par exemple de traverser Charette pour constater que le portrait n’est pas plus rose à Saint-Élie-de-Caxton.

Peu importe ce qu’on peut penser du maire Lemay et des déclarations malhabiles qu’il a pu faire au cours des derniers mois, il n’y a toujours, présentement, aucune accusation ou aucun blâme contre des actions qu’il a pu poser. On peut certainement froncer les sourcils quant à la façon dont l’appel de soumissions pour le déneigement s’est fait, par exemple, mais il n’y a pour l’instant rien de répréhensible là-dedans.

La résolution de non-confiance reproche au maire Lemay son manque de transparence, son manque de travail en collégialité et sa mauvaise foi. Son initiateur, le conseiller Guillaume Laverdière, rappelle que Michel Lemay est cité en déontologie devant la Commission municipale du Québec concernant notamment du favoritisme présumé dans l’octroi d’un contrat de déneigement et que l’Autorité des marchés publics devrait déposer bientôt un rapport dans ce dossier. Ça reste pour l’instant bien mince.

Le maire Lemay a raison quand il dit qu’un vote de non-confiance est uniquement symbolique et que ce n’est pas cela qui va le forcer à démissionner. Mais il doit quand même recevoir le message du ras-le-bol à l’origine d’un tel geste. Il est certainement inhabituel qu’un conseil municipal vote pour retirer ou pour réitérer sa confiance envers le maire.

Cette situation vient s’ajouter à une altercation entre deux conseillers, survenue en décembre, et pour laquelle il y a eu dépôt d’une plainte à la Sûreté du Québec. Rien pour calmer les esprits au sein du conseil.

Le maire et les conseillers de Saint-Barnabé sont pourtant condamnés à travailler ensemble pour les vingt-deux prochains mois, à moins de circonstances exceptionnelles. Est-il encore possible de trouver des terrains d’entente? De modifier des façons de faire pour que la prise de décisions soit plus inclusive? De travailler sur certains aspects du comportement pour entre autres éviter les déclarations à l’emporte-pièce? Voilà autant de questions que les élus, le maire y compris, doivent se poser. Dans l’intérêt supérieur de la population qu’ils représentent.

Ce qui se passe à Saint-Barnabé tient davantage à un conflit de personnalités ou de générations. Le résultat du vote sur la résolution retirant la confiance du conseil envers le maire Lemay en témoigne. Les conseillers qui ont manifesté leur non-confiance envers ce dernier sont les mêmes qui ont voté contre le budget, forçant la Municipalité à refaire ses devoirs et à adopter un budget à la fin janvier plutôt qu’en décembre.

Il serait sage d’attendre les conclusions de l’Autorité des marchés publics et de la Commission municipale avant de poser quelque geste que ce soit qui pourrait jeter de l’huile sur le feu. Le seul geste à poser, dans de telles circonstances, demeure certainement la main tendue. Pour espérer un rapprochement et un climat de travail plus sain.