Un manque de jugement

La députée de Laviolette–Saint-Maurice n’est peut-être pas coupable de quoi que ce soit et n’avait sans doute aucune intention malicieuse en demeurant consultante salariée pour le Parc de l’Île Melville. Mais elle a sérieusement manqué de jugement en continuant de recevoir un salaire de cet organisme même après avoir été élue députée le 1er octobre dernier.

La situation soulève suffisamment de questions pour que l’opposition officielle à l’Assemblée nationale s’en inquiète et demande une enquête de la commissaire à l’éthique et à la déontologie. C’est de bonne guerre, même si ça sent l’opportunisme politique. À une époque où on exige une intégrité sans faille chez nos élus, il importe de faire la lumière sur toute question d’apparence de conflit d’intérêts, même si cela se conclut par une absolution.

Il faut savoir que jusqu’à l’élection du 1er octobre dernier, Marie-Louise Tardif occupait la fonction de directrice générale du Parc de l’Île Melville. À la demande du conseil d’administration, elle est demeurée en poste à raison d’une dizaine d’heures par semaine, pour assurer la transition avec la nouvelle direction.

Le problème, c’est qu’elle était toujours rémunérée par l’organisme pour agir à ce titre.

Il est vrai qu’il y a des précédents. Amir Khadir, par exemple, a poursuivi sa pratique en médecine même en étant député. Yves Bolduc a repris la sienne quand les libéraux ont été relégués à l’opposition, en 2012. En fait, le débat sur la possibilité, pour les députés, d’occuper un autre emploi ne date pas d’hier.

Une des questions fondamentales de ce débat demeure celle de la nature de l’emploi en question et le potentiel de conflit d’intérêts qui y est associé.

Dans le cas de Marie-Louise Tardif, elle occupait une fonction au sein d’un organisme qui pouvait recevoir des subventions du gouvernement du Québec et qui en a effectivement reçu au fil des ans. La corporation du Parc de l’Île Melville est d’ailleurs financée par des fonds publics, principalement municipaux. Ça place la députée-consultante dans une situation extrêmement délicate.

Malgré son inexpérience et malgré le feu vert qu’elle dit avoir reçu du bureau de la commissaire à l’éthique lors de son élection, Mme Tardif aurait dû savoir que ça posait un problème de perception auprès de la population.

Surtout, Madame Tardif doit éviter de sombrer dans le populisme en jouant la carte de l’apitoiement comme elle l’a fait sur sa page Facebook mercredi matin. «Dommage, je croyais venir en politique pour construire et non pour me faire démolir», a-t-elle écrit dans un grand élan de tragédie.

Il ne s’agit pas, pour les libéraux qui ont porté plainte ou pour qui que ce soit qui voit un problème avec le cumul des fonctions, de démolir la députée. Il s’agit plutôt de la manifestation d’une préoccupation et de la nécessité de faire la lumière sur une question qui soulève une problématique de conflit d’intérêts potentiel.

Il est fort possible que le Parc de l’Île Melville avait besoin d’un peu d’aide et de quelques bons conseils de la directrice générale nouvellement élue députée. Mais dans les circonstances, Marie-Louise Tardif aurait pu se rendre disponible bénévolement pour ce fait et non continuer à recevoir un salaire pour une période de transition encadrée contractuellement.

L’histoire des meubles entreposés temporairement au Parc de l’Île Melville est, quant à elle, sans intérêt. Selon toute vraisemblance, les meubles appartenant à l’Assemblée nationale n’y étaient qu’en transit et attendaient d’être remis à un organisme sans but lucratif. C’est courant. À condition, évidemment, que le bénéficiaire ultime de ce don ne soit pas le Parc de l’Île Melville lui-même. L’Assemblée nationale ne récupère que rarement des meubles ayant déjà servi pendant plusieurs années.

Tout cet épisode met en évidence la nécessité de mieux encadrer les nouveaux députés et de clarifier le cumul des fonctions. Et il est aussi un exemple de déclaration à ne pas faire quand on veut se justifier.