Un inquiétant manque d’intérêt

ÉDITORIAL / S’il faut en juger par le peu d’intérêt que soulève la présente campagne électorale fédérale, on devrait commencer à s’inquiéter, une fois de plus, du taux de participation qu’on pourra observer le 21 octobre prochain. Même si la présente campagne électorale n’est pas la plus palpitante qui soit, on ne peut que se désoler devant des salles pratiquement vides lors de débats organisés par des institutions ou des organismes dans le cadre de la présente campagne électorale?

Il est pourtant de la responsabilité de chaque électeur de s’informer adéquatement pour exercer son droit de vote et en ce sens, l’organisation de débats réunissant des candidats locaux est un exercice qui mérite une attention particulière.

Malheureusement, ces rendez-vous à saveur électorale ne font pas courir les foules. Mardi midi, le local 1012 du pavillon Nérée-Beauchemin, à l’UQTR, était pratiquement désert à l’occasion d’un débat auquel prenaient part cinq candidats dans Trois-Rivières. Seulement une trentaine de chaises sur les quelque 200 qu’on avait disposées pour l’occasion étaient occupées. Là-dessus, une vingtaine d’étudiants tout au plus. Les autres étaient occupées par des journalistes ou par des organisateurs politiques des différents candidats présents. L’UQTR, doit-on le rappeler, compte plus de 14 000 étudiants.

Comment expliquer qu’un débat des candidats n’attire pas plus d’étudiants de cette université? On veut bien croire que certains étudiants voteront dans une autre ville que Trois-Rivières aux élections du 21 octobre et qu’ils ne sont peut-être pas intéressés d’entendre les candidats locaux. On veut bien croire aussi que plusieurs étudiants étrangers n’ont pas la qualité d’électeur et ne pourront pas voter. On veut bien croire que certains avaient des cours au moment du débat. Ou que certains autres préféraient plancher sur un travail d’équipe ou réviser leur matière. Mais ce qu’on comprend moins bien, c’est le désintérêt quasi total des étudiants envers la politique en général.

Comment se fait-il qu’il ne se soit pas trouvé quelques profs pour inclure le débat dans le déroulement de leur cours? Pour proposer un échange en classe à la suite de cette joute? Ça aussi c’est inquiétant.

On pourrait croire que le débat déserté de l’UQTR est un triste exemple de l’apathie des jeunes électeurs. Pourtant, le taux de participation des jeunes de 18 à 24 ans au scrutin fédéral avait connu une augmentation en 2015, par rapport à 2011. En 2011, seulement 38,8 % des jeunes électeurs avaient voté aux élections fédérales. Quatre ans plus tard, ils étaient 57,1 %.

Seul l’engouement pour l’enjeu environnemental pourrait faire espérer une augmentation de la participation au scrutin chez les jeunes. Et encore, ce n’est pas gagné.

Le manque d’intérêt n’est cependant pas l’apanage des jeunes électeurs. Presque au même moment que le débat de l’UQTR, une activité de la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan avait pour but de donner la parole aux principaux candidats dans Saint-Maurice–Champlain. Ce «café-rencontre», qui n’était pas un débat à proprement parler, n’a attiré qu’une trentaine de personnes. Et on parle ici de la communauté d’affaires du grand Shawinigan.

Cela contraste avec un débat organisé lundi midi à l’Académie les Estacades, avec un auditorium rempli d’élèves de cinquième secondaire qui n’ont même pas droit de vote et qui pourtant, étaient intéressés par ce qu’avaient à dire les six principaux candidats dans Trois-Rivières.

Il faut rappeler que les candidats, consciencieusement pour la plupart, se préparent pour un tel exercice. Ils élaborent sur les thèmes abordés, font souvent de la gymnastique avec leur horaire chargé, tentent d’adapter leur message ou celui de leur parti à l’auditoire devant lequel ils se retrouvent. Tenir des débats auxquels ne se trouve qu’une poignée de spectateurs est un manque de respect envers ces aspirants députés.

Peut-être qu’il faut repenser la façon de présenter les enjeux de la politique fédérale. Mais il importe aussi d’insister, une fois de plus, sur l’importance de voter, de participer à la vie citoyenne, de bien s’informer. Et c’est un peu dommage de devoir insister là-dessus.