Paul Gérin-Lajoie a fait beaucoup pour que l’éducation ne soit plus réservée aux élites au Québec.

Un héritage à préserver

ÉDITORIAL / L’annonce du décès de Paul Gérin-Lajoie a entraîné maints hommages qui rappellent que nombre de Québécois n’auraient pas atteint un haut niveau de scolarité et occupé des fonctions intéressantes et importantes si ce premier ministre de l’Éducation n’avait pas valorisé intensément et passionnément l’enseignement pour tous dans les années 60. Un objectif que le Québec doit maintenir et réitérer au lieu de dilapider en douce le précieux héritage de Paul Gérin-Lajoie.

Cet homme a fait beaucoup pour que l’éducation ne soit plus réservée aux élites au Québec. Plus de cinquante ans plus tard, on pourrait croire que son but est atteint. Partout sur le territoire québécois, les filles et les garçons, qu’importent les revenus de leurs parents ou leur classe sociale, ont accès aujourd’hui aux écoles primaires, secondaires et aux cégeps. Le réseau de l’Université du Québec déployé dans différentes régions a également facilité l’accessibilité à l’enseignement supérieur. 

Bravo. Tout ce qui devait être fait a été fait?

Certes, le Québec a en partie rattrapé, grâce à la vision et à la détermination de Paul Gérin-Lajoie, le retard que la province accusait dans les années 60 alors que le niveau moyen d’éducation était la 7e année et que des études en médecine ou en droit étaient un rêve fou pour un enfant né dans un milieu modeste. 

Les progrès enregistrés depuis la nomination de M. Gérin-Lajoie au ministère de l’Éducation en 1964 sont indéniables. Ce serait toutefois faux de penser que l’équité et l’égalité des chances entre les petits Québécois sont acquises et que l’école publique contribue toujours pleinement à ce qu’il en soit ainsi. C’est une chose de donner accès à l’éducation. C’en est une autre d’assurer la réussite éducative du plus grand nombre de jeunes. 

Le Conseil supérieur de l’éducation a prévenu en 2016 que le Québec devait remettre le cap sur l’équité, qu’il s’éloignait des idéaux d’égalité véhiculés par la Révolution tranquille et qu’il devait mettre la question de la justice scolaire au calendrier politique. 

Selon le Conseil, le système scolaire du Québec est devenu le plus inégalitaire au Canada. C’est ici que se retrouve la plus forte proportion d’enfants inscrits à l’école privée. La création des programmes particuliers (arts, sports, langues-études ou éducation internationale) dans les écoles publiques a certes permis de limiter l’exode vers le secteur privé, mais elle a comme conséquence d’alourdir la classe ordinaire qui doit accueillir plusieurs élèves en difficulté sans avoir toujours le soutien nécessaire.

Un autre signal d’alarme est venu récemment de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Après avoir effectué une étude systémique, la Commission constate que 40 % des 200 000 élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage quittent l’école secondaire sans diplôme et sans qualification. Une situation qui perdure depuis 20 ans. 

La formation de quatre groupes citoyens, Debout pour l’école, Je protège mon école publique, Mouvement l’école ensemble et Profs en mouvement, est aussi symptomatique de ratés en éducation. Ces groupes déplorent la vision mercantile de l’éducation, les compressions budgétaires, la ségrégation scolaire qui mine l’équité en plus d’alourdir la tâche des enseignants. 

Lundi, les politiciens ont reconnu la contribution remarquable de Paul Gérin-Lajoie. «Le plus grand hommage que nous pourrions vous rendre, c’est que le Québec tout entier fasse réellement de l’éducation sa priorité nationale», a affirmé la députée péquiste Véronique Hivon.

Ce serait en effet le plus grand et le plus bel hommage.