Un grand défi économique

ÉDITORIAL / Il y a une semaine à peine, on décortiquait encore le budget 2020-2021 présenté par le ministre des Finances du Québec, Éric Girard. Aujourd’hui, on est ailleurs, complètement. Il faudra sans doute réécrire ce budget et surtout tenir compte du fait que le Québec, comme les autres provinces, comme le pays et comme la plupart des pays du monde, fera face à des défis majeurs sur le plan économique dans ce contexte d’urgence sanitaire.

La nouvelle encourageante est venue de Toronto, mardi. Le Conference Board du Canada s’attend à ce que le pays évite une récession technique et prédit même que l’économie rebondira après avoir enregistré une contraction de 2,7 % au deuxième trimestre.

La pandémie de COVID-19 vient certainement chambarder n’importe quel plan budgétaire, n’importe quel calendrier de grands projets, n’importe quelle mesure impliquant des investissements gouvernementaux. Au Québec, après avoir instauré des mesures visant à freiner la propagation du coronavirus, on s’affaire déjà à déployer des outils pour venir en aide aux entreprises aussi bien qu’aux travailleurs et aux contribuables en général.

Cela donne certainement un bon indice du niveau de préparation et de la sensibilité du gouvernement face à la situation actuelle et face à son évolution constante. Entre les mesures d’ordre fiscal, qui repoussent par exemple les délais pour la production des déclarations de revenus, et celles liées à la stimulation économique, qui seront précisées jeudi par le ministre Pierre Fitzgibbon, Québec souhaite manifestement atténuer les impacts économiques. On veut laisser plus d’argent dans les poches des contribuables.

En situation de crise, il est tout avisé de laisser plus de liquidités en circulation. Déjà, beaucoup de petites et moyennes entreprises se retrouvent dans une situation précaire et il est nécessaire de continuer à faire rouler l’économie.

Le Québec avait la latitude requise pour donner un peu de souffle aux entreprises et aux contribuables. On savait depuis la présentation du budget de la semaine dernière que la réserve de stabilisation de 14 milliards de dollars pourrait être utilisée, du moins en partie, si les perturbations économiques liées à la propagation du nouveau coronavirus venaient à s’aggraver. Il y a là quelque chose de rassurant, dans les circonstances.

Déjà, le premier ministre et son ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, ont annoncé la mise en place d’un programme d’aide directe aux travailleurs isolés qui n’ont pas accès à l’assurance-emploi et qui craignent de perdre leur source de revenus en raison de la pandémie de COVID-19.

Le fédéral, qui semble faire la grimace quand des provinces comme le Québec évoquent la nécessité d’accélérer la mise en place d’un exceptionnel programme d’infrastructures, annoncera aussi des mesures d’aide financière en réponse à la pandémie de coronavirus. Un plan en ce sens doit être annoncé mercredi, encore une fois à la traîne par rapport aux provinces.

Au plan local, les instances de développement économique et d’aide aux entreprises travaillent fort pour venir en aide aux petites entreprises, notamment les restaurants ou les entreprises touristiques, qui subissent les contrecoups de la crise actuelle. Il ne faudra pas négliger non plus les travailleurs autonomes, les artistes et tous les travailleurs qui n’ont pas de filet de sécurité devant une telle situation. Les institutions financières devront s’ajuster pour limiter l’impact sur les finances personnelles, sur le crédit. C’est un immense défi.

Tout cela survient à un moment où les bourses jouent au yo-yo, ce qui provoque inévitablement une certaine insécurité. Plus les instances politiques annonceront de mesures de stabilisation et plus les banques centrales interviendront de façon crédible et soutenue, plus vite s’atténueront les craintes sur les marchés boursiers.