Un geste lucide et judicieux

ÉDITORIAL / C’est une page d’histoire qui va se tourner à Sainte-Perpétue en août prochain. La traditionnelle course au cochon graissé ne fera plus partie de la programmation du Festival du cochon, un événement dont la réputation et la popularité ne sont plus à faire. En prenant cette décision, l’organisation du Festival a posé un geste lucide, responsable et judicieux. Un geste, surtout, qui marque une sensibilité aux préoccupations contemporaines.

Il y a depuis quelques années, une aura de controverse autour de la course au cochon graissé, l’activité phare de la programmation de ce festival à la gloire des suidés. Le débat a pris une dimension publique il y a cinq ans, alors que l’ex-hockeyeur Georges Laraque s’était élevé en défenseur des droits des cochons maltraités. Puis l’organisme People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) est venu ajouter son grain de sel, en même temps que la SPCA de Montréal. C’est dans l’air du temps de s’en prendre aux organismes et événements qui présentent des activités causant un stress inutile et injustifié chez les animaux. Parlez-en aux organisateurs du Festival western de Saint-Tite...

À Sainte-Perpétue, les organisateurs ont fait part de ce changement de cap de façon plutôt discrète. Ils auraient peut-être dû s’en faire une fierté. «Les générations changent et nous devons être à l’écoute», a-t-on résumé dans un communiqué.

Les plus jeunes générations sont en effet très sensibles à tout ce qui touche l’environnement, l’écologie, la protection des animaux, la consommation responsable. Boire et rigoler en regardant un porc se faire déposer dans un baril au milieu d’une arène de boue ne fait certainement plus partie des émotions que souhaitent vivre les jeunes adultes qui fréquentent un festival.

Il faut comprendre que beaucoup de festivals, au Québec, ont vu le jour dans les années 70 et 80, à une époque où chaque municipalité se cherchait un événement touristique distinctif. On a créé des festivals ayant pour thème le cochon, le blé d’Inde, la tomate, la truite mouchetée, la sauterelle, le chapeau, la mouche noire, la patate, la solidarité, le cerf-volant, le bateau illuminé, les amuseurs publics, la galette de sarrasin, les hommes forts, les moissons, les gros camions modifiés, la pétanque ou la gibelotte. Tout devenait prétexte à créer un festival thématique.

Évidemment, si on créait un festival du cochon, il fallait des activités en lien avec le thème. D’où une course au cochon graissé qui, malgré qu’elle puisse avoir l’air vaguement inspirée de certaines épreuves de rodéo, tirerait ses origines de scènes cocasses sur les terrains d’abattoir local. L’anecdote veut que ce soit un des membres du comité organisateur du premier festival ait raconté comment les employés de l’Abattoir Ouellet pouvaient se tordre de rire lorsqu’un employé perdait le contrôle d’une bête lors de son transfert du camion de livraison à l’abattoir, et d’autant plus par temps de pluie alors qu’il devait la rattraper dans la boue. Comme quoi la naissance d’une idée et d’une tradition est parfois plus insolite qu’on le croit.

Mais entre des employés qui rigolent devant une situation accidentelle et une foule de 6000 personnes qui observent avec de plus en plus de malaise une situation volontairement provoquée, il y a un monde de différences.

Même si la course au cochon graissé se faisait avec des règles strictes et des précautions pour ne pas que les animaux soient blessés, l’activité appartient à une autre époque. Il s’agissait, aux yeux de plusieurs, d’un événement touristique de mauvais goût et qui prête le flanc à la critique. Cela portait de plus en plus ombrage à une programmation artistique généralement de grande qualité.

L’organisation du Festival du cochon a pris une bonne décision. Puisse-t-elle inspirer d’autres organisateurs d’événements de plus en plus exposés à la controverse à faire de même.

Au moins en partie.