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Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Les quatre chefs de partis politiques à Québec: Paul St-Pierre Plamondon (PQ), Dominique Anglade (PLQ), le premier ministre François Legault (CAQ), Manon Massé (QS).
Les quatre chefs de partis politiques à Québec: Paul St-Pierre Plamondon (PQ), Dominique Anglade (PLQ), le premier ministre François Legault (CAQ), Manon Massé (QS).

Un geste de solidarité

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ÉDITORIAL/ La question qu’on préférerait ne pas entendre a été posée, mardi, au premier ministre François Legault. «Si la tendance se maintient, quand le réseau de la santé atteindra-t-il le point de rupture où il sera obligé de mettre en branle le protocole de triage aux soins intensifs, quand les médecins vont être obligés de faire des choix déchirants en traitant un patient plutôt qu’un autre?» Cette perspective, à elle seule, devrait guider nos actions pour les semaines à venir. Et nous convaincre de rester chacun chez soi.

Le premier ministre a voulu se faire rassurant en indiquant qu’«on n’est pas rendu là» et que la priorisation aux soins intensifs n’était envisagée dans aucun scénario pour le moment. Mais l’hypothèse est réelle.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a récemment mis à jour ses directives et son protocole relatif à la priorisation pour l’accès aux soins intensifs en contexte extrême de pandémie. Le document, fort instructif, demeure néanmoins une lecture brutale. Qu’arriverait-il si les hôpitaux et les unités de soins intensifs deviennent à ce point surchargés qu’il faille faire des choix comme ce fut le cas dans certains pays, notamment en Italie et en Espagne, lors de la première vague?

Il y a quelque chose de rassurant dans le fait d’avoir un protocole rigoureux pour affronter une telle situation si elle devait se présenter. Le déclenchement d’une priorisation pour l’accès aux soins intensifs en contexte extrême de pandémie est annoncé en fonction de la saturation du système, du plan de contingence, des niveaux d’alerte et de la situation locale. On estime qu’une surcharge est à prévoir lorsque la capacité de base des soins intensifs risque d’être dépassée de 50 à 100 %, selon le nombre de demandes d’admission aux soins intensifs et le nombre de lits occupés.

Il est donc possible de voir venir une situation nécessitant la priorisation. Si la capacité de base des soins intensifs est dépassée pour atteindre 150 %, alors les établissements doivent se préparer à une mise en place possible du protocole de priorisation, revoir la réaffectation des ressources humaines et s’assurer de délester des activités pour répondre autant que possible à la surcharge. La priorisation, en tant que telle, débute lorsque la capacité atteint 200 %.

Tout cela est encore hautement théorique. Mais s’il fallait que le nombre de cas de contamination et de complications liées à la COVID-19 continue d’augmenter, cela pourrait devenir un scénario qu’il faudrait forcément envisager.

Et là ce ne serait plus drôle du tout.

C’est la pression sur les établissements de santé qui doit nous faire réfléchir sur nos actions. À cette période-ci de l’année, on a tous envie de se rassembler, de voir la famille, les amis, les enfants, les petits-enfants. Plusieurs sont vraisemblablement tentés de contourner les règles en se disant qu’au fond, ce n’est pas si grave. Que leur petit rassemblement ne changera rien à la situation épidémiologique. Mais s’il y a des dizaines, des centaines voire des milliers de personnes qui se disent la même chose, on risque fort d’avoir un problème.

C’est probablement ce qui a incité François Legault à se présenter devant la presse flanqué des chefs des trois autres partis représentés à l’Assemblée nationale, Dominique Anglade, Manon Massé et Paul St-Pierre Plamondon. L’image était forte. Le message envoyé aux Québécois est à ce point important qu’il dépasse les lignes partisanes: restez chez vous!

«On peut faire la différence si on reste uni. […] C’est important qu’on soit uni pour carrément sauver notre réseau de la santé», a insisté le premier ministre. Avec un triste record de 2183 nouveaux cas de COVID-19 rapportés mardi, il fallait marteler le message selon lequel il est impératif d’éviter les rassemblements et maintenir les pratiques sanitaires en vigueur.

Le chiffre le plus inquiétant demeure toutefois celui des hospitalisations, dont le total atteint maintenant 1055 au Québec et 43 en Mauricie et au Centre-du-Québec. C’est là que se profilent les problèmes de surcharge du réseau de la santé qui font dire au premier ministre, avec raison d’ailleurs, qu’il faut tout faire pour aider les employés du réseau de la santé qui sont débordés et épuisés.

C’est la porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, qui a exprimé avec le plus de simplicité, de clarté et de sincérité la raison de cet appel lancé à l’unisson par les chefs des quatre partis. «C’est par solidarité que je suis là. Pour les personnes qui mettent leur vie en danger, qui tiennent le système de santé à bout de bras. Tout le monde doit faire son petit bout», a-t-elle insisté. C’est d’abord envers les travailleuses et travailleurs du réseau de la santé qu’il faut montrer notre solidarité en adoptant des comportements responsables.

Si on peut déjà leur permettre de respirer un peu, d’éviter l’épuisement lié aux surcharges, ce serait déjà une petite victoire. Parce que la dernière chose qu’on souhaite, c’est de les voir contraints de mettre en place un quelconque protocole de priorisation, si étoffé soit-il.