Jean Boulet et Sonia LeBel

Un gain majeur pour la Mauricie

On pourrait dire sans trop se tromper que la Mauricie sort gagnante de ce délicat exercice que constitue la formation d’un conseil des ministres. Sonia LeBel et Jean Boulet viennent donner un poids politique à la région au sein du nouveau gouvernement de la CAQ. Un poids politique qu’elle n’a pas eu depuis longtemps.

Deux ministres sur quatre députés, c’est déjà une surprise. Si on a toujours cru que Sonia LeBel avait en quelque sorte un laissez-passer valide en tout temps pour accéder au conseil des ministres, la chose devenait moins sûre pour Jean Boulet, surtout compte tenu de l’impressionnante quantité de députés de la CAQ qui ont été élus le 1er octobre dernier.

Visiblement, Jean Boulet avait bien négocié son entrée en politique. Avocat spécialisé en droit du travail, il hérite d’un ministère imposant, celui du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Dans le précédent gouvernement, il s’agissait d’un ministère bicéphale, François Blais occupant l’Emploi et la Solidarité sociale, tandis que Dominique Vien s’occupait du Travail.

Ironiquement, Jean Boulet occupe, à l’Emploi et à la Solidarité sociale, une fonction que sa sœur Julie a occupée entre 2010 et 2012.

Au nombre des dossiers qui lui reviennent, on retrouve les questions de main-d’œuvre, l’inclusion économique et sociale des plus vulnérables, les conditions de travail, les relations du travail, le soutien à l’action communautaire et bénévole, la gestion du régime québécois d’assurance parentale, la question du salaire minimum, celle de l’équité salariale. Ajoutons à cela la responsabilité d’organismes comme la CNESST, la Commission de la construction du Québec ou le Tribunal administratif du travail et ça donne un menu bien chargé pour Jean Boulet. Fait intéressant à noter, c’est dans ses mains que se retrouve le dossier du conflit de travail à l’Aluminerie de Bécancour.

L’autre bonne nouvelle, c’est que Jean Boulet hérite aussi du titre de ministre responsable de la Mauricie, un autre siège que sa sœur a réchauffé pendant presque douze ans au total. Originaire de la région et y demeurant depuis toujours, le député de Trois-Rivières se retrouvait beaucoup mieux placé que sa voisine de Champlain, Sonia LeBel, pour occuper cette fonction. Il connaît bien la région, ses intervenants, ses forces, ses besoins, ses particularités. Son réseau est déjà impressionnant.

Comme prévu, Sonia LeBel obtient le ministère de la Justice. La surprise, c’est qu’on lui a aussi confié la responsabilité des relations gouvernementales canadiennes, celle de la francophonie canadienne et celle de la condition féminine. Ça en fait une voix forte au sein du gouvernement, même s’il est étonnant que le dossier de la laïcité lui échappe – au profit de Simon Jolin-Barrette à l’Immigration – alors que ça relève normalement de la Justice.

Enfin, il est difficile de ne pas avoir une pensée pour le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, qui a été écarté du conseil des ministres et des fonctions adjacentes comme celles de whip ou de président du caucus. Homme de confiance de François Legault depuis la fondation du parti, il s’est toujours acquitté de ses tâches avec brio, la plus récente était celle de faire basculer la Mauricie dans le clan caquiste avec des candidats de qualité.

Mais Donald Martel a été victime des impératifs liés à la formation d’un conseil des ministres, notamment la parité hommes femmes et la représentation régionale. Il est tout de même étonnant de voir deux autres députés du Centre-du-Québec, André Lamontagne à l’Agriculture et Éric Lefebvre comme whip en chef du gouvernement, hériter de fonctions supérieures. Restera-t-il au moins un poste parlementaire comme vice-président de l’Assemblée nationale, leader adjoint ou whip adjoint? Ou au moins un prix de consolation comme la présidence d’une commission parlementaire?

Si l’exercice que constitue la formation du conseil des ministres donne à la Mauricie entière toutes les bonnes raisons de célébrer, il donne aussi à Donald Martel le droit le plus légitime d’être déçu.