Depuis 2011, il a été question de la pyrrhotite dans près de 1200 articles du Nouvelliste.

Un exemple qui arrive à point

ÉDITORIAL / Un juge de la Cour d’appel du Québec qui prend la peine d’écrire une note de service aux victimes de la pyrrhotite pour expliquer les délais de dépôt du jugement tant attendu, on n’a pas vu ça souvent. C’est pourtant ce qu’a fait, le 16 août dernier, le juge François Pelletier. Et au-delà du caractère inhabituel de cette missive, la démarche du magistrat tombe à point: elle vient démontrer le caractère essentiel du rôle joué pas les médias locaux et régionaux.

Le juge Pelletier l’admet lui-même: «Les membres de la formation ont pris connaissance de l’article rédigé par la journaliste Brigitte Trahan dans le quotidien Le Nouvelliste. Elle y relate entre autres l’incompréhension des victimes face aux délais requis pour le dépôt ‘‘de l’arrêt’’.»

Il fallait donc qu’une journaliste fasse état de l’exaspération des victimes de la pyrrhotite pour qu’un juge vienne faire le point sur la situation. Individuellement, ces victimes n’ont pas la même voix que lorsqu’elles se regroupent et qu’elles portent leur mécontentement à l’attention des médias. Et puisque la pyrrhotite est un drame qui frappe de plein fouet la Mauricie, il est tout naturel que Le Nouvelliste, comme les autres médias de la région, donne écho à la colère et au désespoir des victimes.

En entend-on parler dans les médias dits nationaux? Rarement.

Depuis 2011, il a été question de la pyrrhotite dans près de 1200 articles du Nouvelliste. Et avant cette date, environ 200 articles parlaient de la pyrite et des premières manifestations du fiasco que l’on connaît aujourd’hui.

L’intervention du juge Pelletier fait d’ailleurs état de l’ampleur du problème et du casse-tête que cette affaire représente pour la Cour d’appel. Un «défi hors norme», évoque-t-il dans sa lettre. Il faut savoir que la cause devant les tribunaux n’est pas un recours collectif réunissant dans un seul dossier des réclamations individuelles. Elle regroupe des centaines de réclamants individuels qui s’adressent à de nombreuses parties défenderesses, précise le juge. En clair, la Cour d’appel doit rendre non pas un seul jugement, mais bien 769. Dans une année judiciaire normale, la division d’appel de Québec rend environ 350 arrêts, ce qui explique que le ministère de la Justice a acquiescé aux demandes des juges pour l’ajout de ressources afin de traiter ces dossiers.

L’intervention du juge Pelletier vient aussi donner aux victimes une idée du moment où pourraient être rendus les jugements. À n’en pas douter, il s’agit là d’une affaire qui mobilise les ressources de la Cour d’appel du Québec comme peu d’autres causes l’ont fait par le passé.

Le caractère inhabituel du traitement de ces recours judiciaires est au moins comparable au caractère inhabituel du problème lui-même. Le fait d’avoir une concentration de plusieurs centaines de cas dans un territoire relativement restreint est unique dans l’histoire de la construction au pays. C’est ce caractère unique qui a justifié une couverture médiatique soutenue. Et il n’a pas fallu attendre longtemps pour que cette «pathologie du béton» déclenche de véritables drames humains.

Beaucoup de lecteurs ou d’auditeurs des différents médias qui parlent des problèmes de pyrrhotite ne sont pas directement touchés. Mais plusieurs connaissent des personnes qui le sont. Et quand bien même on ne connaîtrait absolument personne parmi les victimes, il faut admettre que le rôle des médias aura été essentiel pour faire connaître ce problème, le vulgariser, le propulser en tant qu’enjeu de différentes campagnes électorales ou expliquer son impact sur les évaluations foncières et, ultimement, sur les taxes municipales.

Le dossier de la pyrrhotite est un parmi bien d’autres dossiers locaux et régionaux que les médias traitent avec beaucoup de vigueur et beaucoup de rigueur. La correspondance envoyée par le juge Pelletier en est une conséquence directe.

Et disons que cet exemple arrive à point.