Un ennemi nommé vitesse

Décidément, la réduction des limites de vitesse est un sujet à la mode autour de la table du conseil municipal de Trois-Rivières. Après l’adoption controversée du concept de «Vision zéro» pour les rues et le développement de la ville, voilà qu’on se penche sur la question d’une possible demande de réduction de la vitesse sur l’autoroute 40 dans sa portion urbaine. L’idée est loin d’être saugrenue.

Bien sûr, elle n’était même pas lancée officiellement que déjà, elle était controversée. Il y a, chez plusieurs automobilistes, une sensibilité qui se manifeste dès qu’on évoque une perte de jouissance des droits qu’ils croient acquis ou une modification du cadre dans lequel ils sont habitués de se déplacer.

On le voit dans le contexte du projet de Vision zéro. L’émotion s’invite dans le débat. Les boucliers se lèvent, les argumentaires sont chancelants de part et d’autre, la polarisation s’installe. On risque de le voir aussi dans cette idée de demander au ministère des Transports de revoir la limite de vitesse sur la portion de l’autoroute 40 comprise sur le territoire de la ville.

C’est le conseiller du district du Carmel, Pierre Montreuil, qui a soulevé cette question et qui l’a inscrite à l’ordre du jour des discussions du conseil municipal. La Ville, faut-il le rappeler, n’a aucune autorité en ce qui a trait à la vitesse sur le réseau autoroutier. Mais la voix des gouvernements municipaux compte lorsque vient le temps de demander des études ou d’avaliser des recommandations pouvant émaner de celles-ci.

L’initiative du conseiller Montreuil donne écho à plusieurs demandes de citoyens formulées au cours des dernières années. Il est vrai que le débit journalier sur la portion urbaine de l’autoroute 40, comprise entre l’autoroute 55 et la sortie de la rue des Prairies, est élevé. Près de 60 000 véhicules y circulent chaque jour. Il est vrai aussi que le bilan routier est moins reluisant qu’il a déjà été. Depuis 2012, le nombre d’accidents a augmenté pratiquement chaque année.

Ce qu’il faut considérer, surtout, c’est la configuration même de l’autoroute. Dans sa portion urbaine, la trajectoire de l’autoroute Félix-Leclerc est irrégulière. On compte une courbe à 90 degrés à la hauteur du centre-ville, une courbe prononcée face à l’entreprise Marmen dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, puis une autre courbe à 90 degrés à la hauteur de la rue Courteau.

Il y a aussi le pont Radisson, où on observe souvent de la congestion et où les risques d’accident sont plus élevés en raison de la présence rapprochée de deux bretelles d’accès. Il y a en effet moins de 600 mètres qui séparent, par exemple, l’entrée du boulevard des Chenaux et la sortie du boulevard des Estacades. L’effet d’entonnoir et le doublement des voies disponibles pour sortir vers la rue Vachon viennent compliquer le tout.

Une diminution de la vitesse maximale à 70 km/h au lieu de 100 km/h pourrait être une idée à tester sur le tronçon urbain de l’autoroute 40 à Trois-Rivières. Ce ne serait pas une exception. La même autoroute, sur une partie de l’île de Montréal, a déjà une limite à 70 km/h. C’est aussi le cas pour l’autoroute 25 entre Laval et le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine ou pour l’autoroute Décarie. À Québec, les autoroutes Laurentienne, Henri-IV et Robert-Bourassa ont toutes des tronçons où il est interdit de dépasser les 70 km/h. Pour ce qui est de l’application, ça reste une autre histoire.

L’idée vient aussi, par ricochet, relancer l’idée du prolongement de l’autoroute 40 dans le nord de la ville, entre la 55 et la rue Courteau, sur le corridor prévu à cet effet. Mais il faudrait construire un pont. Et les grands projets routiers n’ont pas la cote par les temps qui courent.

L’intervention du conseiller Montreuil est intéressante et elle mérite d’être étudiée avec sérieux. La question qu’on peut se poser, c’est de savoir si le timing est approprié. Avec Vision zéro qui monopolise temps et énergie, la confusion pourrait s’inviter dans le débat. Et la Ville pourrait donner l’impression qu’elle a trop de chaudrons sur le feu en même temps.