Un électrochoc pour le Bloc?

Il n’est pas étonnant de voir les députés du Bloc québécois dérouler le tapis rouge pour convaincre Yves-François Blanchet de faire le saut et de briguer la direction du parti. Même quatre de ces dix députés ont déjà assuré l’ex-ministre devenu commentateur politique de leur appui si sa réflexion se conclut par une candidature à la chefferie. Plusieurs semblent voir en lui une espèce de sauveur qui viendrait redonner un souffle à cette formation politique. Et ils n’ont probablement pas tort.

Rarement aura-t-on vu, au cours des dernières années, une candidature potentielle au leadership du Bloc susciter autant d’enthousiasme. Probablement parce qu’il s’agirait d’une candidature de grande qualité. Yves-François Blanchet est un communicateur solide, un fin analyste politique et, d’aussi loin qu’on se souvienne, un politicien redoutable.

Mario Beaulieu, le chef par intérim du Bloc québécois, fait partie de ceux qui ont approché Yves-François Blanchet pour le convaincre de faire un retour en politique active. C’est de bonne guerre, même si ça envoie un message un peu doux-amer à d’autres candidats potentiels. Déjà, le député bloquiste de Terrebonne, Michel Boudrias, a indiqué qu’il était en réflexion. La semaine dernière, un producteur agricole de Deschambault-Grondines et ex-candidat péquiste dans Portneuf, Christian Hébert, confirmait son intention de briguer la chefferie du parti.

Officiellement, la course à la chefferie du Bloc doit débuter le 14 décembre prochain, pour se terminer le 24 février. Yves-François Blanchet n’a pas encore confirmé qu’il allait se lancer; il a simplement annoncé qu’il se retirait de ses engagements médiatiques – notamment comme analyste à l’émission Les Ex à RDI et comme chroniqueur pour les journaux de Groupe Capitales médias – le temps de réfléchir à son avenir politique. C’est une sage décision.

S’il s’ennuie à ce point de la politique active, il pourrait faire le saut dans la course. Dans pareil cas, sa désignation comme chef ne serait qu’une formalité. Et comme les défis sont grands pour le Bloc, cela pourrait rendre l’aventure encore plus tentante pour un gars comme Yves-François Blanchet.

Selon le plus récent sondage Mainstreet sur les intentions de vote au fédéral, le Parti libéral de Justin Trudeau est seul en tête au Québec, à 41,4 %. Le Parti conservateur est deuxième (19,6 %) mais le Bloc (14,4 %) devance le NPD (12,1 %). Il est encore trop tôt, évidemment, pour savoir quelle performance pourrait réaliser le Parti populaire de Maxime Bernier, mais dans le coup de sonde de Mainstreet, on lui créditait déjà 4,1 % des intentions de vote.

Il y a un bassin d’électeurs à aller reconquérir pour le Bloc québécois. Depuis quelques années, les conservateurs font des pieds et des mains pour aller chercher ces votes. Il y a quelques mois encore, dans une lettre ouverte adressée aux Canadiens, Andrew Scheer a lancé un appel aux «nationalistes qui en ont assez des chicanes et des crises existentielles du Bloc québécois».

Le Bloc doit donc convaincre les électeurs volages de revenir dans le giron du parti «le mieux placé pour défendre les intérêts du Québec». Cela a toujours été sa marque de commerce et c’est certainement plus vendeur que la souveraineté à tout prix, surtout après la défaite cuisante que le Parti québécois vient de subir au provincial.

Déjà, le départ de Martine Ouellet semble avoir ramené une certaine sérénité au Bloc québécois, plongé dans une crise existentielle sans précédent. Le climat est assurément plus invitant pour le prochain chef.

S’il se lance et qu’il devient chef, Yves-François Blanchet devra alors faire face à un autre défi: choisir la circonscription qu’il souhaite représenter à Ottawa. Il serait étonnant qu’il se présente dans Saint-Maurice–Champlain pour deux raisons: d’abord parce qu’Yves-François Blanchet respecte beaucoup François-Philippe Champagne, ensuite parce que ce dernier semble déjà indélogeable.

Mauricien d’adoption, il lui faudrait alors regarder autour. Même si on nage ici dans les hypothèses...