Martin Francoeur
Luc Tremblay et Guy De Montigny
Luc Tremblay et Guy De Montigny

Un départ sur fond de petite politique

ÉDITORIAL / Guy De Montigny, à la tête de la Société de transport de Trois-Rivières, quittera ses fonctions au cours des prochaines semaines. Ses heures semblaient comptées depuis le fiasco de la réorganisation du réseau, à l’été 2019. Quelqu’un, quelque part, cherchait sans doute un bouc émissaire, une brebis à sacrifier. Et c’est sur le directeur général que le choix s’est pointé, sur un fond de discorde au conseil municipal. Comme quoi on ne semble pas pouvoir chasser le naturel trop longtemps dans le merveilleux monde de la politique municipale trifluvienne.

Officiellement, on dit vouloir apporter un vent de changement à la suite du mécontentement presque généralisé qui a suivi la mise en place des nouveaux circuits de transport en commun. Le départ forcé du directeur général est une mesure forte, une façon de dire aux mécontents qu’on les a entendus. Mais fallait-il vraiment en arriver là? A-t-on évalué les autres moyens qu’on aurait pu prendre pour corriger le tir?


« Guy De Montigny était en poste depuis juin 2002 comme directeur général de la STTR et ses qualités de gestionnaire ont toujours bien servi l’organisme. »
Martin Francoeur

Mais il y a un an, le vaste chantier de reconfiguration du réseau a été un véritable fiasco. Un problème de consultation, à la base, qui s’est traduit par un plan de desserte qui ne colle pas à la réalité des besoins des usagers. Pétitions, assemblées houleuses, lettres d’opinion défavorables et commentaires véhéments ont marqué les semaines qui ont suivi la mise en place du nouveau réseau.

Le départ de Daniel Girard, numéro deux de la STTR, en novembre dernier, n’a pas suffi. On a voulu le départ du dg également. Le problème, c’est qu’il restait trois ans au contrat de Guy De Montigny. On a donc voulu sceller une entente à l’amiable avec le principal intéressé, entente qui prévoyait le versement d’un an et demi de salaire en plus de l’allocation de départ à laquelle il a droit. Total de l’opération: environ 320 000 $ selon certaines sources.

C’est là que ça dérape. Lorsque le projet d’entente a été porté à l’attention du maire Jean Lamarche, celui-ci aurait questionné ses conseillers qui siègent au conseil d’administration de la STTR. Il préférait, semble-t-il, une formule qui aurait permis de garder M. De Montigny à l’emploi de la STTR comme conseiller jusqu’à la fin de son contrat.

C’est une option qui se défend, mais qui aurait certainement provoqué un malaise au sein de la population, parce que plus coûteuse, et qui aurait sans doute placé le principal intéressé dans une position inconfortable au sein de l’organisation.

La réaction du conseiller municipal Luc Tremblay, qui préside la STTR, aurait déplu à certains de ses collègues. M. Tremblay considérait que la réaction du maire constituait une forme d’ingérence politique, ce que rejette Jean Lamarche. Résultat: quatre des sept membres du conseil d’administration de la STTR veulent maintenant que la Ville nomme un nouveau président. Ce sont majoritairement des collègues du conseil municipal, qui siègent aussi à la STTR, qui souhaitent ce limogeage. Et certains d’entre eux étaient, pourrait-on dire, des compagnons d’armes jusqu’à récemment.

D’une part, la moindre des choses serait de garantir l’autonomie du conseil d’administration de la STTR. Puisque la Ville y délègue cinq conseillers sur sept administrateurs, il serait avisé de ne pas exposer davantage l’organisme à toute forme d’ingérence. D’autre part, il importe de s’assurer que les conflits de personnalités ne viennent pas entraver le fonctionnement du CA et la prise de décisions éclairées.

Enfin, il faut déplorer l’impact de ces conflits au sein même du conseil municipal. S’il déloge Luc Tremblay, qui vient de recevoir l’appui public du syndicat – un geste rare, il va sans dire – on comprendra que c’est davantage parce qu’on ne lui aime pas la face plutôt que parce qu’on veut «insuffler un vent nouveau» à la STTR.