Martin Francoeur
Le Nouvelliste
Martin Francoeur
Andrew Scheer
Andrew Scheer

Un départ qui doit effacer une image

ÉDITORIAL / C’était écrit dans le ciel. Mais on ne savait pas exactement à quel moment ça allait se produire. Andrew Scheer a pris tout le monde par surprise, jeudi, en annonçant qu’il allait quitter la direction du Parti conservateur une fois qu’on lui aura trouvé un successeur. Ses jours étaient comptés depuis la défaite électorale du 21 octobre dernier.

Ce n’était pourtant pas une défaite catastrophique: les conservateurs ont recueilli 34,4 % des suffrages – plus que les libéraux de Justin Trudeau – et ont fait élire 121 députés, soit 22 de plus que lors de l’élection de 2015. Ils ont obtenu plus de 6 millions de votes à travers le pays, du jamais vu depuis la vague conservatrice de 1984 sous Brian Mulroney.

Mais les conservateurs déçus ont rapidement cherché un coupable et les yeux aussi bien que les couteaux se sont tournés vers le chef lui-même, Andrew Scheer. Dans les jours qui ont suivi la défaite électorale, des candidats défaits n’ont pas hésité à le pointer du doigt. Même à l’intérieur du caucus, on estimait qu’il n’avait pas livré la marchandise. Des organisateurs et des conseillers politiques ont été remerciés, mais la vraie cible, c’était le chef.

Andrew Scheer avait pourtant indiqué qu’il allait demeurer en poste jusqu’à ce qu’il soit soumis à un vote de confiance de la part des membres du parti, en avril prochain. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Il serait prématuré de dire que cette annonce de démission précipitée a un lien quelconque avec cette histoire d’utilisation des fonds du Parti conservateur pour payer une partie des frais de scolarité de l’école privée pour ses enfants. Mais disons que c’est un bien curieux concours de circonstances.

Des parlementaires et des sénateurs ont d’ailleurs indiqué que c’était peut-être la goutte qui aura fait déborder le vase. D’autres ont pris sa défense, indiquant qu’il y avait bel et bien eu une entente entre Andrew Scheer et les dirigeants du parti concernant la couverture des coûts liés au déménagement de sa famille de Regina à Ottawa. Cela devait inclure la différence dans les frais de scolarité entre Regina et Ottawa.

Il faut plutôt remonter à la campagne électorale pour constater les failles d’Andrew Scheer qui ont pu agacer les candidats dont la victoire dépendait d’une petite poussée de plus du chef et du parti dans les sondages. C’était le cas dans Trois-Rivières, où Yves Lévesque aurait pu bénéficier directement d’une meilleure perception de son chef et de son parti dans les intentions de vote.

Mais les convictions personnelles et les positions passées d’Andrew Scheer, notamment sur l’avortement et le mariage entre conjoints de même sexe, sont revenues le hanter en campagne électorale. Du même coup, le chef projetait une image rigide et rétrograde qui a déplu à des électeurs qui, sur le plan économique, auraient pu adhérer aux idées conservatrices. Au Québec, particulièrement.

Il est là le défi des conservateurs pour trouver un successeur à Andrew Scheer. La défaite d’octobre et la piètre performance du Parti populaire de Maxime Bernier semblent démontrer qu’il n’y a que très peu d’appétit, au Canada, pour une droite plus rigide. Le progressisme a encore sa place. La nomination de l’ex-libérale Leona Alleslev comme chef adjointe, il y a quelques semaines à peine, semble en être une illustration.

Il faudra certainement que le prochain chef du Parti conservateur projette une image moins austère ou moins beige qu’Andrew Scheer ou Stephen Harper. Parmi les noms qui circulent, ceux de Bernard Lord, de Rona Ambrose, de Caroline Mulroney ou de Peter MacKay, sont certainement plus réjouissants à cet égard. L’idée de voir la fille de Brian Mulroney croiser le fer avec le fils de Pierre Elliott Trudeau semble plaire à plusieurs. Mais à l’intérieur même du caucus se trouvent probablement des candidats intéressés que l’on verra s’activer au cours des prochaines semaines.

Ils sont probablement déjà très actifs en coulisses...