Jagmeet Singh et Robert Aubin lors d'une visite du chef néodémocrate à Trois-Rivières l'été dernier.

Un défi de taille pour Robert Aubin

ÉDITORIAL / Il y a deux semaines, le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin, a fait part de sa décision concernant son avenir politique. Non seulement a-t-il décidé de ne pas se lancer dans la course à la mairie de Trois-Rivières, mais il a annoncé qu’il allait solliciter un troisième mandat comme député néo-démocrate. Et on sait maintenant que ce sera aux côtés de Jagmeet Singh qu’il fera campagne.

Jusqu’à tard lundi soir, il était encore impossible de dire si Jagmeet Singh allait être celui qui allait mener les troupes néo-démocrates aux élections d’octobre prochain. S’il avait échoué dans sa tentative d’obtenir un siège à la Chambre des communes, la pression aurait été forte pour que le NPD se cherche un nouveau chef.

Mais Jagmeet Singh a gagné son pari. Il a remporté la circonscription de Burnaby-Sud assez facilement, récoltant 39 % des voix. Le candidat libéral en recueillait 26 %, tandis que le conservateur en obtenait 22,5 %. Le fait qu’il puisse enfin faire son entrée à la Chambre des communes, après seize mois comme chef sans siège de député, devrait donc évacuer toutes les questions impliquant une remise en question de son leadership.

La victoire de Jagmeet Singh vient peut-être réconforter Robert Aubin dans le choix qu’il a fait il y a quelques jours à peine. En cette période où le Nouveau Parti démocratique est loin derrière les libéraux et les conservateurs dans les sondages, il faut certainement beaucoup de conviction et de courage politique pour prendre une telle décision.

Le problème, pour Robert Aubin, c’est les sondages qui ne sont pas très favorables au NPD au Québec. Le plus récent coup de sonde de Léger donne 12,7 % des intentions de vote au NPD, mais cet appui chute à 10,3 % au Québec. Un aussi bas pourcentage se traduirait par bien peu de sièges aux Communes. Les sites et les blogues spécialisés dans les projections électorales et les hypothèses de répartition des sièges ne donnent ces temps-ci qu’un seul survivant néo-démocrate au Québec: Alexandre Boulerice dans Rosemont–La Petite-Patrie. Même Ruth Ellen Brosseau, longtemps donnée comme seconde survivante néo-démocrate au Québec, serait menacée dans Berthier-Maskinongé.

Le problème, avec les projections de sièges basées notamment sur les sondages, c’est qu’ils tiennent bien peu compte de la performance des candidats sur le terrain. Des députés comme Ruth Ellen Brosseau et Robert Aubin peuvent espérer faire mieux dans leur circonscription que leur parti à l’échelle nationale. Et même si le NPD obtient ces temps-ci entre 10 % et 14 % des intentions de vote selon les différents sondages, le parti peut encore remonter la pente. Dans la partielle d’Outremont, la candidate néo-démocrate a terminé deuxième, avec 26 % des voix, un meilleur résultat que ce que plusieurs observateurs prédisaient.

Visiblement, Robert Aubin est encore animé par la volonté de servir la population. Et c’est au fédéral qu’il souhaite poursuivre cet engagement. Sa réflexion a été longue et sérieuse, surtout en raison de la sollicitation dont il faisait l’objet pour une candidature à la mairie trifluvienne. Ce qui a fait pencher la balance, a-t-il mentionné, c’est le fait qu’il a déjà un mandat et qu’il y a plusieurs dossiers sur lesquels il travaille depuis des mois, voire des années, et qu’il aimerait bien voir aboutir. Peut-être ne fait-il que remettre à plus tard un éventuel saut en politique municipale?

Entre-temps, il serait bien avisé de miser sur ses qualités personnelles plutôt que sur la popularité de son chef pour obtenir un troisième mandat de député. Là-dessus, Jagmeet Singh a encore du travail à faire; ce n’est pas pour rien qu’il visitera de nouveau le Québec, la semaine prochaine afin de présenter un plan pour gagner la confiance des Québécois.

Huit mois avant les élections, c’est encore long. Bien des choses peuvent se passer.