Un défi de plus pour Shawinigan

Drôle de "timing", à Shawinigan, pour parler de reconstruction du Centre des arts pendant que des rues du secteur Lac-à-la-Tortue ont l’air d’avoir été bombardées ou que des citoyens expriment toujours leur ras-le-bol face aux augmentations de taxes qu’ils doivent assumer année après année. Mais si le cri d’alarme lancé par Bryan Perreault plus tôt cette semaine est fondé, il y a lieu de déjà mettre la table pour un tel investissement et surtout pour que les gouvernements supérieurs viennent à la rescousse.

Le directeur général et artistique de Culture Shawinigan estime que si rien n’est fait à court ou moyen terme, la ville pourrait perdre sa principale salle de spectacles. La construction du Centre des arts remonte à 1967 et l’immeuble, bien qu’ayant encore fière allure, accuse le poids des années. Des interventions majeures sont nécessaires, si bien que dans l’esprit de Bryan Perreault, il vaut peut-être même mieux envisager une nouvelle construction, sur un autre site.

Évidemment, on ne parle pas d’un chantier qui va voir le jour demain matin. Mais l’intervention de Bryan Perreault, à la suite d’une conférence du ministre fédéral François-Philippe Champagne, avait clairement pour but de préparer les esprits à une telle éventualité. Et surtout à indiquer aux élus présents que des subventions vont devoir être au rendez-vous.

C’est devenu délicat, voire tabou, de parler de grands projets d’infrastructures à Shawinigan. De plus en plus de contribuables n’en peuvent plus de subir des hausses du fardeau fiscal et l’ont clairement signifié à la Ville, plus d’une fois d’ailleurs. La question visant à savoir si la Ville ne devrait pas envisager une réduction majeure de ses dépenses plutôt que de devoir toujours augmenter ses revenus a été soulevée. Doit-on maintenir six bibliothèques sur le territoire de la ville? Doit-on réduire la taille de la fonction publique municipale? Doit-on même faire vivre un centre des arts avec une salle de 900 places? Tout le monde, y compris les membres du conseil, s’est déjà posé ces questions et plusieurs autres encore.

Shawinigan, on le sait, doit composer avec une réalité financière et économique complexe. À Shawinigan, bien des indicateurs sont au rouge. Au lieu d’augmenter, la RFU a diminué de 33 millions $ entre 2017 et 2018. L’endettement total net à long terme par tranche de 100 $ de RFU est de 5,72 $. C’est plus élevé que la moyenne des villes dans la tranche de population de Shawinigan (2,18 $), plus élevé que la moyenne pour la Mauricie (3,09 $) et plus élevé que la moyenne provinciale (2,13 $). L’endettement total net à long terme par unité d’évaluation est de 9013 $ à Shawinigan. Dans les villes de taille semblable, il est de 6521 $. En Mauricie, il est de 5091 $. Et au Québec, il est de 6226 $.

Ajoutons à cela les conséquences d’un coût de la vie moins élevé et de salaires qui sont plus bas qu’ailleurs au Québec, d’un faible revenu disponible par habitant, d’un taux élevé de personnes à faible revenu, d’une population vieillissante et on en arrive vite à la conclusion que Shawinigan est prise à la gorge.

Alors parler d’un investissement de plusieurs millions de dollars dans un tel contexte est un calcul hasardeux dans l’immédiat. Bryan Perreault lui-même, d’ailleurs, est conscient de ce qu’il appelle un «problème d’acceptabilité sociale». Mais cela pourrait semer la graine qu’il faut pour que la chose passe mieux dans quelques années. Ou pour que les élus provinciaux et fédéraux se manifestent progressivement. C’est pas bête, finalement.

François-Philippe Champagne a saisi la balle au bond, déjà, en rappelant que le plan Investir dans le Canada réserve un demi-milliard de dollars pour des projets d’infrastructures communautaires, culturelles et récréatives. Malgré l’entente signée avec le Québec pour la distribution des sommes dans le cadre de ce programme, le ministre dit n’avoir encore reçu aucun projet à financer.

Il y a certainement des portes déjà ouvertes et d’autres qu’il faudra ouvrir. Il y a aussi une population à convaincre. Décidément, ce ne sont pas les défis qui manquent à Shawinigan.