François Bonnardel

Un débat nécessaire

Il y a des jours, en politique, où la sensibilité devrait guider les interventions ou les orientations des parlementaires.
Jeudi, à l'Assemblée nationale, les propos du député caquiste François Bonnardel pourraient, à eux seuls, donner le feu vert à un débat public sur la pertinence de légaliser l'aide médicale à mourir pour les personnes incapables de donner un consentement éclairé, comme les malades atteints de la maladie d'Alzheimer.
Il semble qu'un consensus est en train de se dégager, au sein des députés de tous les partis, quant à cette idée de tenir un débat public sur le sujet. Il s'agit d'une question extrêmement délicate, qui doit être examinée avec toute l'attention et la sensibilité nécessaires. Les enjeux, tant sur le plan médical que sur le plan éthique, sont majeurs.
Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec réclamaient la tenue d'un tel débat. Jeudi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, s'est montré ouvert à ce que la question soit étudiée.
L'actualité des derniers jours n'est pas non plus étrangère à ce constat selon lequel il est nécessaire de pousser un peu plus loin la réflexion entourant l'aide médicale à mourir.
Le cas de Michel Cadotte, cet homme de Montréal accusé du meurtre au second degré de Jocelyne Lizotte, sa conjointe atteinte de la maladie d'Alzheimer depuis des années, soulève beaucoup de questions.
La demande d'aide médicale à mourir de Mme Lizotte aurait été refusée parce qu'elle ne satisfaisait pas le critère de la «mort naturelle raisonnablement prévisible» exigé par la loi fédérale. Son décès, en quelque sorte, n'était pas imminent.
La loi québécoise sur les soins de fin de vie, de son côté, stipule que la personne qui demande l'aide à mourir doit être considérée comme étant à l'agonie et atteinte d'une maladie incurable. Elle doit être lucide et donner elle-même son consentement, ce qui exclut les personnes souffrant de différentes formes de démence, dont la maladie d'Alzheimer.
Devrait-on modifier la loi pour qu'un consentement préalable à la maladie, par exemple par le biais d'un mandat en cas d'inaptitude? La question mérite d'être analysée. Deux pays, la Belgique et les Pays-Bas, ont étendu l'application de l'aide médicale à mourir à ce genre de situation.
Au fédéral, une étude sur le sujet a été commandée par les ministres de la Santé et de la Justice. Mais les recommandations ne sont pas encore connues et cela repousse donc toute modification possible à cette loi encore toute jeune. 
Jeudi, le député François Bonnardel a évoqué le cas de sa propre mère, qui souffre de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé. La gorge nouée lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale, il a dû interrompre son propos, cédant la place à son collègue François Paradis.
Il était en train d'expliquer aux journalistes que lui-même, dans les circonstances, serait prêt à réclamer l'aide des médecins pour mettre fin à la vie de sa mère, si la loi le lui permettait et si elle avait exprimé ce désir quand elle en était capable.
Comme bien des personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé, la mère du député ne parle plus, ne sourit plus, ne reconnaît plus les membres de sa famille, et ce, depuis plusieurs années.
Si on décide d'ouvrir le débat sur cet aspect de l'aide médicale à mourir, il faudra que les parlementaires le fassent dans le même climat de respect que lorsqu'ils ont fait le long débat ayant mené à la loi actuelle. Ils devront surtout entendre les bons experts: médicaux, juridiques, éthiques.
Et tant mieux si, dans un tel processus, ils sont capables de parfois laisser leur coeur parler. L'humanité, la compassion et la sensibilité peuvent être de formidables guides lorsqu'ils sont utilisés adéquatement. Et nos députés, tous partis confondus, ont démontré qu'ils en étaient capables lorsque la situation l'exige.